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La Société-Réseau - Chapitre 8 : L'espoir de la démocratie

La Société-Réseau - Chapitre 8 : L'espoir de la démocratie

@dav 18-07-2018 10 min #143781

La gérance populaire est le moyen le plus rationnel d'obtenir la justice sociale. Pour autant, les moyens de cette gouvernance doivent être à la hauteur des enjeux.

La démocratie, dans sa finalité, c'est de faire que les choix soient faits pour le bien du plus grand nombre. Ce terme en particulier est insuffisant, et il est hérité du capitalisme. Ce qu'on veut c'est le « bien de tous ».

Sa nature reste de dire que seuls eux-mêmes les gens peuvent faire ces choix, et implicitement de façon narquoise, « ils n'y arriveront jamais », car le niveau d'organisation requis excède allègrement les capacités à travailler ensemble. De plus, le niveau de formation est la plupart du temps inadapté aux questions soulevées.

La démocratie c'est un peu du libéralisme politique, un moyen de dire que si chacun vote pour son intérêt personnel, alors logiquement... c'est le meilleur choix qui en résultera. Mais le problème est que, d'abord c'est faux, et ensuite cette opinion populaire est facile à fausser. L'intérêt personnel des employés de multinationales s'oppose à l'intérêt personnel des agriculteurs, par exemple. On ne peut pas demander non plus à tout le monde d'être un excellent spécialiste dans des questions qui ne les intéressent pas (sinon ils seraient devenus politiciens), et le résultat est celui la moyenne globale de compétence est très médiocre. Pire encore, les élites de ce monde possèdent les médias-mégaphones, et ont forgé des idéologies taillées pour maintenir un contrôle sur les aspirations individuelles (et ceci, sciemment 1). C'est d'une gravité inouïe, et sans commune mesure. Les conséquences prendront plusieurs générations à se résorber, après la fin du capitalisme.

Résultat des courses, l'ennemi des hommes sont les hommes eux-mêmes, qui sans le savoir, défendent et servent les intérêts de ceux qui les oppriment. Sans le savoir, ils génèrent les causes de leur propre malheur. Ils sont embrigadés dans des obligations et des devoirs qui ne leur laisse presque aucune marge de manœuvre. C'est la manière qu'à le système-argent de se maintenir.

La société civile peut très bien être considérée comme « malade », obscurantiste, incompétente, et inapte au vote 2. D'autre part, la société peut aussi très bien se considérer elle-même comme n'ayant pas à s'intéresser à ces questions qui les dépassent, et à demander que pour autant, ces questions ne soient pas négligées.

C'est pourquoi le modèle que nous présentons préconise des comités spécialisés, dans autant de domaines que possible, qui aient suffisamment de légitimité pour servir de référents pour les questions complexes. Que les décisions soient prises pour le bien de tous, mais par les gens les plus compétents possible. Et que les référendum ne servent que dans les cas où une décision est impossible, et qu'il faut trancher entre plusieurs bonnes solutions.

Par contre l'accès à des postes de premier plan ne devrait jamais être brimé par une clique de professionnels avides de pouvoir. Ce pouvoir n'est qu'une illusion tant qu'il ne repose pas sur une volonté collective.

8.1 - L'intelligence collective

Un des champs de recherche auxquels on prête une grande attention est celui de l'intelligence collective (IC), dont la particularité est de produire des réponses puissantes rapidement, un peu comme si, dans les faits, l'intelligence de tous les acteurs s'additionnaient, accélérant le temps et la qualité du résultat. Avec cette notion, on a là l'ordinateur le plus puissant du monde, et le plus humain aussi. Cette intelligence peut très bien avoir à être mise à contribution aussi bien pour des questions ponctuelles et locales que des questions ayant de grandes et nombreuses conséquences.

L'IC est beaucoup plus convaincante dans ses résultats que la démocratie. D'abord, la démocratie est binaire-linéaire, et pour pallier à cela on peut introduire des mécanismes plus modernes, tels que le vote majoritaire 3.

Il ne suffit pas de clamer « démocratie réelle » pour obtenir « justice sociale ». Autant directement clamer « justice sociale », et cela, quels que soient les moyens pour l'obtenir, pourvu qu'on la constate, à l'usage.

Comment ça se passe, l'IC ? D'abord une requête est lancée, dans un environnement. Des réponses évasives fusent, et ça crée une émulation. Des réponses intéressantes surgissent, et certains les lisent. Se basant là-dessus, il avancent une solution, qui va sûrement encore évoluer ou en inspirer d'autres. Ensuite, les derniers encore intéressés travaillent sur ces solutions pour en faire une synthèse. Enfin, les gens votent eux-mêmes pour les meilleurs choix. Cela prend du temps, nécessite du monde, laisse l'opportunité à n'importe qui de « gagner », et celui-ci vous dira que sa victoire n'est que basée sur le travail des autres.

8.1.1 - Voter pour les sujets des votes

Ce qui est notable dans la structure de l'IC c'est d'avoir ajouté un nouveau domaine d'action aux votants, qui consiste à proposer des choix possibles avant de les voter. Dès lors on n'est plus dans un schéma où il faut répondre à une sollicitation dont l'origine est suspecte (ou rituelle), mais dans celle où on élabore soit-mêmes les solutions possibles. Ce serait comme si, lors d'une élection présidentielle, le tour zéro consistait à élire les candidats, au sein de micro-groupes communaux, puis régionaux puis nationaux. Ce serait quand même plus excitant à suivre, comme feuilleton sportif.

8.1.2 - La justice collective

Un autre domaine dans lequel on aurait bien envie de faire intervenir l'intelligence collective, outre la science, est celle des enquêtes policières. C'est un bon thème pour créer un site web. Les gens pourraient s'intéresser activement aux cas qui nous sont fréquemment présentés dans la presse, sans qu'on ne puisse rien faire. Cela permettrait l'exercice de la compassion active, et il est certain qu'en cumulant l'ingéniosité de tous, les enquêtes difficiles se résoudraient d'autant plus vite.

8.2 - La responsabilisation de l'humain

La place de la décision humaine est centrale dans l'évolution du système social. Disons que l'humanité doit prendre son pouvoir, et en pratique obtenir un contrôle de sa propre destinée. Mais qu'il est hors de question d'en arriver à laisser cette tâche à une intelligence artificielle (une ordi-ctature !) qui ferait fonctionner tout cela, pour une simple question de responsabilité. Cela dit on sait que l'IA sera un outil indispensable pour baser ses problèmes sur des données complexes.

Il y a donc tout un champ à conquérir, pour rendre opérationnelle une intelligence collective active, et auto-responsable. C'est à mesure qu'on peut constater les effets qu'on peut avoir sur le monde, qu'on s'y attache. Ce dont notre monde a le plus besoin, face à l'indifférence des masses troubles aux dangers qui les guettent, c'est bel et bien de les responsabiliser.

8.3 - La robotisation

Avec une certitude de 100%, dans le futur on va robotiser à outrance la plupart des tâches ouvrières, et on va rendre disponible une énorme quantité d'énergie humaine, qui pourra se consacrer à des tâches qui relèvent de l'intelligence collective.

Il est certain, pour ceux qui le craignent, qu'aucun robot ne pourra être rendu coupable d'un crime, et que ce rôle revient aux personnes légalement responsables. La responsabilité, la recherche d'intelligence, et l'obligation de s'améliorer reviendront toujours aux humains.

Et pour ce faire ils auront besoin d'atteindre de nouveaux sommets en terme de « maîtrise de la logique », et d'un devoir de savoir s'organiser rationnellement pour réagir correctement aux questions de grande envergure qui leur feront face. Et plus ils seront nombreux à participer, plus leurs décisions auront la liberté d'être magnifiques.

On ne parlera plus vraiment de « démocratie », mais de la place de l'homme dans le système. Peut-être que parmi les quatre heures de contribution sociale quotidienne demandée à chaque habitants, il s'agira d'utiliser son temps et sa compétence à une intelligence collective, que la robotisation aura rendue plus puissante de bien des manières.

8.4 - A propos de la nationalisation

De nombreuses activités et services publics ont été privatisés et le motif pour cela n'a jamais été loyalement ausculté. Toutes ces décisions auraient dû relever de choix démocratiques, mais cela n'a pas été le cas.

Si on veut un système démocratique c'est quand même principalement, non-pas pour élire des marionnettes débiles qui vendent du vent frais, mais pour avoir un pouvoir de décision sur des activités industrielles. Et pour cela, il faut d'abord qu'elles soient nationalisées, car après tout, leur privatisation revient à la perte de leur contrôle. On peut apprécier à quel point privatisation et démocratie sont antinomiques.

On n'a pas besoin qu'il y ait trente-six marques qui font vaguement la même chose à des prix comparables, mais on a un besoin réel d'avoir l'assurance que le produit est le meilleur possible, que la santé, l'alimentation, l'éducation, les transports, l'information sont les meilleurs possibles, et respectent des critères légaux, qui eux-mêmes doivent pouvoir être commandités par le pouvoir public.

La nationalisation assure le respect des normes et la garantie de la qualité. C'est un gage de confiance inégalable. Mais surtout elle peut agir sans but lucratif, puisque si elle poursuivait ce but, les bénéfices iraient à l'état, soulageant d'autant les impôts, ce qui reviendrait au même.

Ces industries auraient tout le loisir de se consacrer à la qualité de ses produits, substituant au but lucratif c'est celui de « but qualitatif ».

La plupart des biens et services de base devraient être l'objet d'une nationalisation. Elle constituerait la meilleure concurrence aux produits fabriqués dans les pays où la main-d'œuvre est scandaleusement moins chère, s'épargnant ainsi la pollution de leur transport. Il apparaît évident que seule une gestion locale soucieuse de la gestion globale permet de réaliser cette substantielle économie.

Il en est de même pour les banques et les assurances ; Inutile de rappeler le trajet absurde 4 parcouru par des titres obligataires alors qu'il suffirait de créer sa propre monnaie. Même une très vague vue d'ensemble permet d'affirmer que les assurances pourraient être gratuites et universelles, si elles n'étaient pas privatisées.

Et de nos jours, vu la pollution, les dangers alimentaires, les pièges tendus partout où on met les pieds, il serait salutaire que les industries vitales soient remises au contrôle populaire, seul à-même de faire respecter des critères écologiques et sanitaires.

1 Il faut le savoir ! Ce ne sont pas des paroles en l'air. Voir : [L'influence de Washington sur Hollywood est plus importante que vous ne l'imaginez]

2 Ce qui s'est passé avec des mandats européens.

3 Le gagnant est le premier candidat à obtenir plus de 50 % d'avis favorables, à l'issue d'un vote qualitatif de tous les candidats (ou propositions).

4 Ou alors rapidement : les états délivrent des obligations qui sont vendues à des groupes qui les vendent aux états, qui ne peuvent les refuser puisqu'elles sont certifiées « garantie de remboursement ». Ce qui engendre des intérêts faramineux, qui auraient largement pu être évités.

Davy Hoyau, auteur de  La Société-Réseau

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