Sortie du glyphosate : la promesse de M. Macron n'est toujours pas tenue

15-05-2018 reporterre.net 6 min #141270

Promesse du président Emmanuel Macron en novembre dernier, l'interdiction du glyphosate « au plus tard dans trois ans » tarde à être suivie d'effet, au point de faire douter de la volonté du gouvernement de la tenir. Les discussions à l'Assemblée de la loi Alimentation, à partir du 22 mai, permettraient d'y remédier.

La France sortira du glyphosate « au plus tard dans 3 ans », avait annoncé Emmanuel Macron dans un tweet, le 27 novembre dernier. Cinq mois plus tard, le gouvernement assure que la promesse est maintenue, mais les défenseurs de l'environnement doutent : ils ne voient pas la couleur d'une interdiction dans les récentes mesures annoncées par l'exécutif. Alors, où en est-on ? Reporterre fait le point en quatre actes sur l'avenir de cet herbicide symbole de la lutte contre les pesticides.

Acte 1 : La promesse du président

27 novembre 2017, après deux ans d'atermoiements et de réunions européennes la décision tombe : une majorité d'États de l'Union européenne ont voté en faveur d'une prolongation de l'autorisation de l'herbicide pour cinq ans. L'Allemagne a fait basculer la décision, passant de l'abstention à un vote favorable. La France, elle, a voté contre,  refusant toute nouvelle autorisation supérieure à trois ans.

Dans la soirée, Emmanuel Macron confirme cette position et  annonce dans un tweet : « J'ai demandé au gouvernement de prendre les dispositions nécessaires pour que l'utilisation du glyphosate soit interdite en France dès que des alternatives auront été trouvées, et au plus tard dans 3 ans. » Le président de la République place ainsi la France en leader de l'Union sur le sujet des pesticides et donne un gage fort aux défenseurs de l'environnement. Le principal syndicat agricole, la FNSEA, dénonce de son côté une « posture politique ». L'exécutif va-t-il tenir parole ?

Acte 2 : Nicolas Hulot évoque « des exceptions »

Le diable se cache dans les détails : M. Macron a écrit « sortie », pas « interdiction ». La fin du glyphosate en France pourrait ne pas être si proche... Le ministre de l'Agriculture, Stéphane Travert, mène la charge contre la promesse. Fin janvier, sur BFMTV, il y met quelques bémols. « La France a dit qu'il fallait que nous puissions essayer de faire tout ce qui était possible pour essayer de sortir de cette question du glyphosate dans les trois ans », tricote-t-il comme réponse à la question sur le glyphosate. On a vu plus vindicatif... « Tant qu'il n'y a pas de substitution, il n'y a pas de suppression », ajoute-t-il.

Fin février, Nicolas Hulot, qui s'est battu pour les trois ans au sein du gouvernement, lâche du lest  dans une interview au JDD : « Je ne suis pas buté et personne ne doit être enfermé dans une impasse : si dans un secteur particulier ou une zone géographique, certains agriculteurs ne sont pas prêts en trois ans, on envisagera des exceptions. » Des exceptions qui devraient être mineures, cependant, puisque le ministre évoque la possibilité de voir disparaître 95 % des usages.

Les écolos dressent l'oreille : n'est-ce pas une façon de préparer les esprits à un recul sur la question ?

Pulvérisation de glyphosate dans le Yorkshire du Nord (Angleterre), en décembre 2014.

Acte 3 : les actes tardent

Le printemps voit fleurir les occasions de mettre en œuvre l'annonce présidentielle. Le projet de loi issu des états généraux de l'alimentation (Egalim) arrive entre les mains des parlementaires. Mais, en commission des Affaires économiques, aucun des amendements proposant l'interdiction du glyphosate ne passe. Même celui du rapporteur, le député LREM Jean-Baptiste Moreau, qui proposait une interdiction moyennant quelques exceptions, a été retiré. « Il a eu un avis défavorable du ministre Stéphane Travert, raconte François Veillerette, de l'association Générations futures. L'argument était que ce serait dans le plan pesticides du gouvernement... »

Justement, ce  « plan d'action sur les produits phytopharmaceutiques et une agriculture moins dépendante aux pesticides » est présenté fin avril. Que comporte-t-il au chapitre glyphosate ? « Rien ! » s'exaspère François Veillerette. Précisément, le plan annonce une nouvelle étude sur les liens entre glyphosate et cancer, qui devrait être rendue en 2020. « On a déjà des centaines d'études universitaires, il faudrait surtout les prendre en compte, demande encore le président de l'association environnementale. Tout cela signifie que, pour le gouvernement, il est urgent d'attendre. »

Acte 4 : « Objectif maintenu. » Vraiment ?

La promesse a-t-elle flétri, telle une mauvaise herbe glyphosatée ? Non, assure Nicolas Hulot  au micro de RTL, le 27 avril. « La décision du gouvernement d'interdire le glyphosate dans trois ans n'a pas changé, assure-t-il. On a assorti ces trois ans de dispositifs pour regarder toutes les alternatives et favoriser l'émergence du biocontrôle », ajoute-t-il. « L'objectif est maintenu et n'a jamais été remis en cause », précise quelques jours plus tard un conseiller du ministre à Reporterre. « Cela figurera peut-être dans la loi en discussion à l'Assemblée », évoque le ministre. Le prochain rendez-vous est donc fixé à l'Assemblée nationale, le 22 mai prochain, pour les discussions de la loi Alimentation en séance plénière.

Les défenseurs de l'environnement restent prudents. « Si c'est si clair, pourquoi n'est ce pas réaffirmé dans le plan [pesticides] ? » s'interroge Carmen Etcheverry, qui suit le dossier pour l'association France nature environnement. « En première lecture, on peut supposer que les arbitrages interministériels sont toujours en cours. » Elle promet, tout comme le fait Générations futures, d'être très vigilante aux débats parlementaires.

Plusieurs députés suivent également le dossier de près, notamment dans la majorité. « Si le rapporteur Jean-Baptiste Moreau ne dépose pas d'amendement, je le ferai », assure parmi eux la députée LREM Sandrine Le Feur. « Il faut apporter le débat dans l'hémicycle, poursuit celle qui est aussi agricultrice bio dans le Finistère. Je sais qu'il y a des solutions. Quand on s'est installé, on avait 10 hectares de pâtures pleines de chiendent, tout le monde nous disait d'utiliser du glyphosate. Mais on a refusé, on voulait être en bio tout de suite. Et on y est arrivé ! »

 reporterre.net

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