Emmanuel Todd : « En équilibrant les pouvoirs, la Russie est un pôle de stabilité »

15-04-2018 les-crises.fr 4 min #140169

Source : France Culture, 14/04/2018

"Où en sommes-nous ?" C'était le titre du dernier ouvrage de l'historien et anthropologue Emmanuel Todd. Et c'est la question que nous lui posons alors que les Etats-Unis, la France et le Royaume-Uni ont mené cette nuit des frappes sur la Syrie.

P.S. nous souhaiterions réaliser la transcription de cette interview (et d'une autre). Si quelqu'un a du temps ce dimanche, merci de nous contacter ici. Nous aurions aussi besoin de quelqu'un ayant du temps aujourd'hui à l'aise avec Word, et de quelqu'un se sentant de rédiger une synthèse des nouveautés de l'affaire Skripal dans le ton habituel su site (rien de bien compliqué, quelques recherches et un peu synthèse).

Transciption

(24'00) On a des élites qui ne sont plus patriotes, Est-ce que j'irais jusqu'à dire que l'on a des traîtres ? Non, on a simplement des gens qui veulent dépasser la nation, qui ne sont pas très clairs sur le respect des frontières nationales. La russophobie, la "magyaro-phobie" (NdT : phobie de la Hongrie), les gens qui en parlent ne connaissent rien à la Russie, rien à la Hongrie, est ce que ces gens savent qu'il y a une partie de la tradition hongroise qui est calviniste très importante qui explique la dynamique de ce pays, qu'il y a eu 3 cultures.

En fait, quand on parle de la Russie ou de la Hongrie, on parle de nous, de notre crise à nous, de notre déficit de valeurs spirituelles, de notre déficit de sentiment national. Sans sentiment national, il n'y a pas de projet, on est à la dérive, on devient agressif, on lance des missiles comme des couples qui se jettent des assiettes dans des cuisines, comme des couples qui n'arrivent plus à se parler ; on est dans l'irrationnel et dans l'émotionnel.

Je recommande à tous la lecture des textes de Lavrov et de Poutine, s'ils veulent lire des choses intelligentes sur la géopolitique. Et je vous garantis que, ce matin, les exposés du Guardian, du Daily Telegraph et du Monde sur ce qui se passait étaient tellement mauvais que j'ai du aller, ce que je n'ai jamais fait, sur le site de RT France, pour comprendre à peu près ce qu'il se passait !

Journaliste : Et vous pensez avoir mieux compris ?

Todd : c'était beaucoup plus détaillé et vous aviez toutes les informations qu'il y avait dans les autres plus d'autres.

Journaliste : Nous n'avons pas eu le temps de parler de la situation en France. Mais vous reviendrez (sur France culture) pour parler de la France et des grèves...

Todd : Mais je ne vais pas pouvoir dire mon soutien à la grève des cheminots ?

Journaliste : Eh bien, si, voila, vous l'avez fait !

Todd : Je peux vous dire ce qu'il va se passer s'ils perdent ?

Journaliste : Vous avez 30 secondes pour le faire.

Todd : Je viens de faire récemment une intervention devant une mutuelle sociale agricole. J'ai découvert que la mise en instabilité par l'Europe des prix agricoles, avait provoqué la poussée nationale, Front National constatée dans les milieux agricoles. Et ce puisque flexibilité pour les gens, cela veut dire insécurité, et je vous fais le pari que si l'on brise la SNCF, si l'on brise la CGT, on n'obtiendra aucune amélioration économique mais que le réseau de chemin de fer va devenir l'un des axes de diffusion supplémentaire de l'influence du Front National en France.

Journaliste : Et Macron ?

Todd : Ah non, je n'écoute plus du tout ce que dit Macron, il ne m'intéresse plus du tout ! Il est hors.. il répète toujours la même chose.

Macron fait semblant d'être président : par exemple, il ne contrôle pas la monnaie. Donc aujourd'hui, être Président en France, c'est simplement passer à la télé, si vous voulez. Et puis réduire les petits "privilèges" des petites gens et ne pas toucher aux gens qui ont de gros privilèges. Et donc je n'écoute plus Macron, et je n'écouterai pas son intervention demain.

les-crises.fr

 Commenter