Zad de Notre-Dame-des-Landes : Nantes soutient la Zad, qui respire enfin

15-04-2018 41 articles reporterre.net 17 min #140156

La manifestation de soutien à la Zad s'est déroulée cet après-midi à Nantes. Elle a été très nombreuse, et la fusion s'est opérée naturellement avec la manifestation syndicale, signifiant l'amorce d'une convergence des luttes. Sur la Zad, le calme a permis de reprendre des forces avant le grand rassemblement de dimanche.

20h40 - Nantes, cor. - La manifestation s'achève, même si l'agitation continue ici et là. On peut penser que la soirée restera animée.
Quelques conclusions de cette journée nantaise :
on a observé une mobilisation conséquente et qui a tenu la rue malgré un dispositif policier massif ;
la fusion de la manifestation syndicale et de la manifestation de soutien à la Zad s'est opérée naturellement, illustrant la convergence des luttes qui semble en cours ;
l'autorité n'est pas parvenue à atteindre ses objectifs de maintien de l'ordre. Mais on déplore de nombreux blessés.

19h49 - Nantes, cor. - Une personne blessée au visage par une grenade. Visage en sang, dents cassées, nez fracassé. Une ambulance est sur place. Les fourgons en convoi ne peuvent pas passer et se font huer par les badauds.

19h05 - Nantes, cor. - Confusion dans le centre ville, où les charges de policiers usant de grenades de désencerclement se déroulent alors que les gens boivent en terrasse, au milieu des badauds. Cà court dans tous les sens dans les rues du centre, qui est normalement sanctuarisé lors des manifestations. Les policiers ne savent plus distinguer les passants des manifestants, dont les groupes se forment et se reforment au hasard des charges. Si l'objectif de maintien de l'ordre était d'empêcher la manifestation de perturber le centre-ville, c'est manqué.

18h40 - Nantes, cor. - La batucada tambourinante est repoussée sans ménagement, et bousculée jusqu'à la croisée des tramways en plein centre.

18h38 -  Dans un tweet, le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb, écrit : « Je condamne fermement les violences commises à Nantes cet après-midi. Leurs auteurs n'ont pour objectifs qu'entraver le dialogue en cours avec l'Etat et provoquer nos forces de l'ordre. L'avenir de Notre-Dame-des-Landes se construira dans l'apaisement. Pas dans la violence. » [NDLR : il n'y a pas d'erreur de frappe, bien lire : « le dialogue en cours avec l'Etat »].

Gérard Collomb : « le dialogue en cours avec l'Etat ».

18h17 - Nantes, cor. - La manifestation est scindée en deux de part et d'autre de la voie de chemin de fer. Elle est repoussée vers le centre ville.

18h00 - Nantes, cor. - Une charge de CRS se déroule devant le château, avec grenades de désencerclement et tirs de LBD (lanceurs de balle de défense). La manifestation reflue comme elle peut. On observe plusieurs blessés aux jambes.

17h30 - Nantes, cor. - Nouveaux heurts, nouvelles salves de grenades. Les canons à eau entrent en action pour deux minutes d'arrosage.

17h25 - Nantes, cor. -La manifestation est arrivée au niveau de la gare, se heurtant à un mur de camions de CRS. Un caillou est parti vers les camions. Et instantanément, les grenades lacrymogènes ont été lancées, comme un scénario prévu à la seconde près. La place est noyée de gaz. La manifestation reflue vers le château d'Anne de Bretagne.
Quand les gaz se sont dispersés, quelques syndicalistes avec des drapeaux sont revenus, ils essaient de parlementer pour que la manifestation puisse passer ce cordon et tourner à gauche vers la cathédrale.

17h10 - Berlin, cor. - Plusieurs des manifestants affichaient cet après-midi leur soutien à la Zad. Le défilé avait lieu pour protester contre la hausse des loyers dans la capitale allemande.

« Nés pour être zadistes, on ne partira pas de chez nous ».

17h05 - Nantes, cor. - Arrivée de l'hélicoptère, absent jusqu'ici. Une banderole est accrochée au bord de la rue : « Plein d'euros pour les lacrymos, Pas de radis pour papy mamy ».

17h00 - Nantes, cor. - Des gens âges, des lycéens, des syndicalistes, des familles avec enfants, des zadistes, des retraités... composent la manifestation de soutien à la Zad. Elle compte de 8.000 à 10.000 personnes et est toujours à l'arrêt.

16h40 - Nantes, cor. - La manifestation syndicale s'achève devant la préfecture, son terme. La présence militaire a été massive tout du long, mais sans agressivité. Les prises de parole invitent les manifestants à rejoindre la manifestation de soutien à la Zad, « pour défendre le cadre de vie des zadistes ». Cette manifestation s'est formée sur le Cour des Cinquante otages et rejoint la place du Cirque. Elle compte déjà trois à quatre mille personnes. Avec leurs drapeaux, les militants CGT occultent le champ des caméras policières braquées sur la foule lors de la fusion des deux cortèges.

* Sur les pancartes et panonceaux, on lit : « La vie n'est pas une start-up », « Soutien à la zad », « Que récolte-t-on à semer des lacrymos », « Zadons-nous les uns les autres »,« César 2 - Zad 3 », « C'est quoi ce fromage », « Tel un Phénix, la Zad renaîtra », « La terre est à celleux qui en prennent soin ».

16h20 Zad, ES -Le long du chemin de la Noue, un petit groupe remonte en chantant vers les Fosses noires. Ils poussent une chariotte remplie de planches et de tôles récupérées sur les cabanes détruites.
L'heure est à la récupération. Sous un soleil revigorant, habitants et soutiens de la Zad pataugent dans les prairies humides, farfouillant dans les décombres des maisons. On ramasse, on trie, on emporte. « Cà m'attriste de voir ces beaux lieux détruits, mais ça me fait du bien d'aider à reconstruire », sourit Marie, un sac de livres à la main.

Une lecture appropriée au moment : « L'espoir ».

Plus loin dans le bocage, la ferme des Cent noms n'est plus qu'un grand tas de planches. Ici et là, une gazinière, un matelas, une tondeuse à gazon... Au milieu du champ, les serres et les bandes maraîchères brillent dans la lumière de fin d'après-midi.

Ce qu'il reste des Cent noms.

De l'autre côté du pré, la D 281, fameuse « route des chicanes », et une dizaine de gendarmes qui nous observent. « Alors, ils sont dans quelle ambiance, les zadistes ? », demande un jeune gendarme, équipé pour le combat. Il semble s'attendre à de nouveaux affrontements. « Depuis deux jours, c'est de plus en plus violent », soupire-t-il, visiblement épuisé. L'amplitude horaire énorme, les roulements d'équipe trop rares, selon ses dires. Derrière eux, la pelleteuse finit sa « journée » de déblaiement du carrefour du Lama fâché.
De l'autre côté de la barricade, quelques clowns ont rejoint les zadistes aux avant-postes. Timidement, un superman en robe passe la barrière et avance vers les gendarmes retranchés derrière leurs boucliers, un ballon rose à la main. « Vous voulez jouer ? » « Ou des câlins », propose une autre dame au nez rouge. « De l'amour ! » renchérit un troisième. Sans réponse, ils repartent cinq minutes plus tard. « Revenez vite, ça fait du bien ! », lance un zadiste. « Zone de guerre et zone d'espoir », observe un militant.

15h55- Nantes, cor. - La prise de parole des cheminots qui était prévue devant la gare est empêchée par un front de neuf fourgons de CRS et deux camions-pompes. Impossible de passer.

15h40 - Correspondant à Nantes (Cor) - A Nantes, la manifestation organisée par les syndicats contre la politique de M. Macron a commencé. Elle compte environ 7.000 personnes. A la fin du cortège, derrière la France insoumise et Sud, de nombreuses personnes portent des pancartes affichant le soutien à la Zad. La présence policière est massive, plus importante qu'on n'a jamais vu à Nantes (1.000 CRS selon la préfecture). On compte trois camions-pompes, tandis que 28 camions forment une haie infranchissable bloquant deux des principales artères du centre-ville.

* Une autre manifestation de soutien à la Zad doit commencer à 16h30.

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15h30 - Zad ES - Sur la route des Fosses noires, le calme est revenu. Les gendarmes sont toujours en place avec une pelleteuse, mais ils ne tirent plus de grenades. Trois grosses barricades sont disposées sur la route.

14h00 - ES - Le soleil pointe ses rayons à travers les nuages. Assis sur un tronc, Orsu fait une pause. Il est arrivé il y a deux mois pour « filer un coup de main ». « La diversité de la Zad, des profils et des stratégies de lutte, des projets aussi... tout ça a convergé cette semaine malgré les dissensus », dit-il.
Et après ? « Il faudrait qu'on parvienne à créer un rapport de force, en étant nombreux mobilisés pour que le gouvernement accepte enfin le projet de coopérative collective protée par les habitants. » Pour lui, il y n'y a pas d'autre issue et la présence policière - une cinquantaine de camions cette semaine, 2.500 gendarmes cette semaine - ne permettra pas l'apaisement.
En attendant, de petits groupes se forment pour déblayer, récupérer et trier ce qui peut l'être. Car une chose est certaine pour tous : « Nous reconstruirons ce qu'ils ont détruit ».

Récupération de ce qu'il est possible de ré-utiliser à la cabane des 4 L. Le matériel est rapporté aux Fosses noires.

Le concept de « déconstruction », selon la gendarmerie nationale.

12h48 - ES - Non loin des Fosses noires et des Vraies rouges, les gendarmes essaient de déblayer avec des pelleteuses. Les zadistes sont positionnés derrière les barricades.

12h30 - ES - Le drone tournoie dans le ciel au-dessus du camping des Cheveux blancs. « Le repas est servi » : une petite file affamée se forme sous le barnum blanc. Chou rouge, haricots blancs, lentilles, pain frais.

Repas au camping des Cheveux blancs.

A quelques pas de là, au niveau des barricades du Lama fâché, grenades et gaz se succèdent. Au loin, on aperçoit la pelleteuse sur la D 281. Des groupes d'opposants masqués et avec foulards se faufilent à travers les bois.
Derrière les barricades, un trio de médics scrutent les bois où résonnent les explosions, attentifs. « On ne parle que des gendarmes dit l'un d'entre eux, mais on compte tous nos blessés ici, fouleurs et entorses comprises, on en a plusieurs centaines. Il y a beaucoup de blessures de guerre. Des chairs et des nerfs atteints par des éclats de grenades, des plaies ouveres, des tympans amochés, des os nécrosés ou fracturés. Et on ne peut pas les envoyer à l'hôpital car les contrôles de gendarmes sont trop fréquents. »

12h20 Reporterre en action ! Ses journalistes Lorène Lavocat et Marion Esnault sont dans la Zad et s'entraînent à faire des selfies.

12h10 - ES - Le calme semble revenu autour de La Wardine.

12h00 - ES - A l'entrée du camping des Cheveux blancs, des personnes ramènent des sacs et cagettes pleines de grenades récupérées dans les champs après explosion. Ils les trient, séparant celles qui sont inertes - n'ont pas explosé - et celles qui sont usagées. Dans de grands sacs de plastique blancs, les armes s'entassent en vue d'être rapportées à la préfecture. Il y a là des grenades de désencerclement, des grenades assourdissantes, des bombes lacrymogènes, des LBD. Les uns sont projetés par des armes d'une portée de 50 m, d'autres de 200 m.

Les grenades de désencerclement, assourdissantes, lacrymogènes et fumigènes sont récupérées dans les champs, rassemblées et triées.

11h54 Le groupe médical de la Zad dresse un bilan :
« Depuis le début de la semaine, au moins 148 personnes ont été prises en charge par le groupe médic' (ce bilan n'est pas exhaustif). Au cours des dernières 48 heures, le groupe médic soigne et prend en charge en continu des personnes blessées pendant les assauts policiers et nous a livré ce bilan (là encore non exhaustif) :

23 personnes ont subi des éclats multiples de grenades sur le corps (visage, nuque, torse, jambe, pieds, mains, doigts...) parfois enfoncés de 3 cm dans la chair. Une même personne peut avoir reçu une quinzaine d'éclats. Certaines personnes présentent des signes d'infections suite à ces blessures ;

8 personnes avec des hématomes des membres avec des phénomènes de compression dangereux liés à l'utilisation des Lanceurs de balles défensives ;

3 personnes avec des atteintes neurologiques (vertiges, céphalées, confusion...) suite aux explosions de grenades ;

1 personne atteinte à l'oeil par un éclat de grenade, 3 autres souffrent de baisses d'audition sévères liées à des explosions de grenades..

Sur les postes de soin et lors des déplacements de l'équipe médic' sur les lieux de charge, il a été constaté l'utilisation d'armes au potentiel létal :
tirs tendus de grenades diverses ;
utilisation de grenades avec des charges explosives massives au contact à hauteur d'homme ;
utilisation massive et continue au niveau d'habitations de gaz à haute
concentration toxique : brûlures, nausées, etc. ;
plusieurs témoignages d'utilisation de gaz incapacitants (deshydratation immédiate, diarrhée, vomissements, confusion, possible abattement...).

Conclusion : La police assassine, cela nous le savons déjà. Des policiers sont hospitalisés suite à l'explosion d'armes qu'ils nous envoient consciemment dessus et en continu depuis plusieurs jours. »

11h30 - ES - A la Grée, du café chauffe doucement sur un camping-gaz. Vers 10 h 30, un groupe se forme peu à peu sous le hangar, en cercle dans des canapés avachis ou des tapis usés. « Que fait-on, à présent ? » Reconstruire, déblayer, accueillir ceux qui arrivent. La Zad fourmille d'activités.
Treillis kaki et talkie-walkie à la main, un ex-habitant de la zone « non motorisée », aux alentours de la D 281, se repose, une tasse fumante à la main. « Le dialogue, vous y croyez encore ? », soupire-t-il. « On a laissé la route D 281 pour avoir des négociations ; puis ils nous ont imposé ce qu'on devait faire, ils ont refusé nos propositions. Ils sont arrivés à 2.500 gendarmes pour tout détruire. Et maintenant qu'ils voient qu'ils n'arriveront pas à nous expulser, ils nous disent 'Ré-ouvrons le dialogue'. Mais ils se moquent du monde ! ».
Pendant que des petits groupes se forment pour préparer la grande journée de dimanche, d'autres préparent le repas à l'abri de l'averse.

En cuisine à La Grée. On prépare le café et un bon repas chaud : tomate, pommes de terre, oignons grillés, carottes, etc.

11h20 La wardine vient de subir une grosse attaque,  selon Street Zad Actionmedic. On compte beaucoup de blessés.

10h00 - Envoyées spéciales (ES) - Nous arrivons vers 8 h en vue de la ferme de Bellevue, à l'ouest de la zone. La chorale des oiseaux et grenouilles est couverte par le vrombissement de l'hélicoptère. Arrivées à la barricade des Lascars, le chemin est calciné sur plusieurs dizaines de mètres. Au loin, au niveau du Lama fâché, on entend des explosions de grenades. « Ca chatouille aux Vraies rouges », commente un zadiste.
Sur le chemin, des petits groupes de personnes, casques et boucliers à la main, foulards et masques sur le visage, avancent vers les Fosses noires. Nous y arrivons. Un brouillard de fumée piquante empoisonne l'atmosphère. Les gens ramassent à la va vite des cailloux et défoncent des morceaux de goudron. En face, les gendarmes attaquent à grand renfort de gaz et de grenades. « Barrez-vous, c'est pas chez vous, ici », lance un militant.
Un peu plus tôt, il nous a confié : « Je ne suis pas venu faire la guerre, mais défendre des lieux de vie et des projets agricoles ». Bouclier en bidon à la main, il poursuit : « Quand on se retrouve face aux gendarmes qui chargent, même si on est pacifique, il faut se défendre ».
Sur le chemin menant aux Fosses noires, une personne remonte en boîtant vers l'infirmerie. Il a une compresse sur son œil ensanglanté. Une auto arrive.
« On craint qu'ils utilisent des gaz incapacitants, qui donnent la nausée pendant plusieurs jours », témoigne une habitante

09h50 Grosse charge sur la Noue et sur la route joignant le Lama fâché (sur la D 281) aux Fosses noires, rapporte @Zadstreet. Les gendarmes se positionnent dans le jardin des Rouges et noirs. Tirs intenses de grenades GLIF4. Un bulldozer avec une lame de 3 m et un autre engin se positionnent vers le carrefour de la Saulce.

Aux Fosses noires ce matin.

Ce qu'il reste du Gourbi après la destruction faite par les gendarmes.

07h30 Des gendarmes mobiles ont pris les deux premières barricades du côté de la route des Fosses noires vers lama fâché,  rapporte le photographe A. Kraland.

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