La Société-Réseau  - Chapitre 4 : Le rapport à la consommation

@dav 18-03-2018 24 min #139052

Considérer toute chose comme un combustible dont on peut « profiter », jusqu'à ce qu'il faille aller chercher d'autres « opportunités », procède certainement d'un désordre psychologique, qui tout à la fois est parfaitement cohérent avec le système de la marchandisation de toutes choses.

Historiquement les humains se découvrant supérieurs aux animaux, auraient pu se contenter de vivre en paix, mais au moment d'en disposer librement, se sont vus contraints par le système marchand à exprimer cette liberté comme une acquisition.

Elle paraissait si immense qu'elle semblait inépuisable, ou du moins ils avaient une totale confiance en sa capacité à se régénérer d'elle-même, à se débrouiller toute seule. Ils en étaient le summum et leur erreur fut de se prendre pour son summum. C'est le système social qui en a oblitéré la substance philosophique, pour en faire de la vanité. Le summum que nous sommes relève du devoir et de la responsabilité, et les compliments ne peuvent que provenir des espèces inférieures, si elles pouvaient parler (ou plutôt si on savait les écouter).

Toute l'économie s'est fondée sur l'exploitation de ressources naturelles puisées dans la nature sans se soucier de rien, et facturées le plus cher possible... Mais soudain apparaissent depuis le plan spirituel les données d'un problème qu'on croyait ne pas avoir.

D'une part, l'homme découvre qu'il n'est pas tant distant de, qu'inclus dans la nature, en observant que les causes ont des conséquences, au sein d'un écosystème complexe dont l'humain est un maîllon. En réalité il se consomme lui-même, il s'arrache la peau pour la vendre. La science obtient une compréhension holistique des lois de la nature, qui se caractérise principalement par une invariance d'échelle dans la gravité de ses actes : les plus petits peuvent avoir les répercussions les plus phénoménaux, non par « effet papillon », mais par effet levier. Tout ceci est fortement contradictoire avec une vision linéaire du monde, évaluable de 0 à l'infini.

D'autre part, la nature a un grand projet pour l'humanité, puisqu'elle lui fait découvrir une nouvelle prérogative qui consiste à devenir responsable d'elle-même. Jusqu'à un certain âge, le saumon n'avait pas à se soucier du courant de sa rivière, mais une fois devenu adulte, il devra le remonter. Le sens des responsabilités s'impose à lui.

Le chemin qui consiste à passer d'une civilisation inconséquente et ingrate (ce qui lui fait découvrir les lois dont il dépend), à un peuple conscient, actif, et responsable, passe inéluctablement par la révision de concepts qu'on croyait ancrés dans la structure sociale, et une certaine forme de rééducation psychosociale qui va avec. 1

4.1 - La propriété privée

Ce comportement est né d'un monde d'abondance, et en a fait un monde de privation et de rareté. Comme les choses se retournent quand elles ne sont guidées que par elles-mêmes, le simple principe de la « propriété privée » aura été, dans l'histoire, la plus grande cause de dépossession, des terres, des richesses naturelles, de moyens de production de droits, de perte de contrôle de son avenir, et de sa liberté. C'est cher payé quand même, pour un principe que ne cherche qu'à interdire qu'un bandit ne vienne vous dérober ce qui de toute évidence, vous appartient. Et dire qu'ils vivaient dans un monde d'abondance. Mais maintenant que les choses se resserrent, comment interdire la dépossession des ressources, des paysages, des moyens de production, qui conduisent indirectement à une privation de liberté, et qui n'arrive même pas à être jugée comme telle ?(Puisque la parole aussi est privée).

Si le constat de la propriété est écrit sur un bout de papier qui suffit à prouver le vol, ne peut-on formaliser ce qui est indispensable à l'exercice de la liberté ? Car après tout ce que l'humain a de plus sacré n'est pas tant matériel qu'éthique et moral. Si on se bat pour défendre nos objets, on devrait se battre pour défendre notre intégrité psycho-émotionnelle 2.

Illustration 5: Crédit : Nawak Illustrations

La solution consiste comme toujours à délimiter la zone de validité du concept de propriété privée, et d'en définir d'autres tels que la propriété publique 3, et la primauté du besoin, et bien sûr l'intégrité éthique. Déjà, ça aurait été plus sage. Avec ces seuls concepts, les ressources naturelles vitales reviendraient d'office aux peuples.

Quand j'étais jeune j'avais un ami bien-aimé qui avait beaucoup à voir avec le Ché Guévara, par son esprit jésuesque, sobre et intelligent. Il était capable d'obtenir des tonnes de choses, à partir de rien, uniquement en rendant des services croisés. Il avait converti le don en prêt de confiance, délimité jusqu'à ce que le propriétaire en ait de nouveau l'usage. Eh bien je crois que j'ai passé toute une vie à mettre en pratique à grande échelle ce concept qui transcende l'instinct de propriété privée. « Donne, car ainsi tu possèdes », disait Lao-Tseu (c'est un gentil détournement).

Le principe de propriété à lui seul, fait rire les philosophes, car de quoi sommes-nous propriétaires ? Du droit de poser des barrières pour empêcher les autres d'en profiter ? D'une parcelle de terre qui préexiste depuis des milliards d'années, et existera encore autant après ? Moi si j'avais des terres ou une propriété, j'en laisserais la majeure partie accessible au public, en espérant montrer l'exemple.

J'ai vu un reportage sur des maisons situées sur un terrain qui glissait années après années. Ceux du bas devaient périodiquement déménager vers le haut, avant que leur maison ne tombe dans un gouffre. C'est amusant parce que c'est un peu ça le principe de propriété privée, c'est l'art de confisquer au bien public ce qui revient à la nature.

On le voit, la propriété privée est un appât, un argument sophiste, qui stérilise par anticipation toute une conception sociale de la société. Que serait la Consommation, si les biens étaient publics ? Faudrait-il se bagarrer pour en disposer ? Ne serait-il pas plus intéressant que ces biens soient entretenus, soignés, pérennisés ? Les biens privés ne seraient-ils pas d'autant mieux garantis s'ils étaient le fruit d'un contrôle citoyen ?

4.2 - La peur des autres systèmes de pensée

Bornés à rêver de ce dont ils se font déposséder par un Système, les humains, les cultures, les us et coutumes, le « folklore » ont évolué vers un déni de réalité qui allait, il n'y a pas si longtemps, jusqu'à constamment critiquer tout ce qui était « ancien ». Au nom d'un « progrès » purement matériel, qui leur permettaient de se gausser, de railler tout ce qui ne leur ressemblait pas, les humains ont mit en péril tout progrès spirituel. A partir du moment où on se sont fixé un horizon, il n'a fait que rétrécir.

Ils se voyaient comme intouchables au centre de leur « propriété privée », même si elle était immatérielle comme quand on est spécialisé dans un domaine. Cela a été le terrain de jeu de toute une somme de pulsions animales liées à la chasse, la primauté du terrain de chasse, et l'élimination des intrus, dans le monde des idées.

Il est clair que de ne pas avoir besoin de penser en terme de réciprocité, de penser aux autres, de « penser global », constitue une économie d'intelligence qui fait sombrer les consciences dans l'obscurantisme.

4.3 - Le pouvoir de consommer et la détestation de soi

Tout était bon à exploiter, détruire, brûler, dans la plus grande insouciance et inconséquences, puisque l'argent lui, pouvait tout « acheter », y compris le mécontentement des opposants. L'humanité s'est perdue dans une fuite en avant vers un modernisme qui avait pour seul moteur la détestation de soi-même, des anciens, du savoir et de la morale.

4.4 - La dissolution du tissu social

Ce que je veux dire est encore plus vaste, une société de la consommation où tout s'use et se jette, où on prend, on abîme et on dénigre, avant de recommencer en permanence, où même les travailleurs sont jetables 4 dès que les techniques ont évolué (qu'on ne se fatigue pas à leur apprendre, puisque l'école en forme des nouveaux qui seront moins chers), une société où les gens s'utilisent les uns les autres avant de se retrouver sans plus rien à se dire, est une société en cours de destruction. Cela, est indubitable, et inéluctable, puisque les liens entre les humains se brisent.

4.5 - Ô combien tout est combustible

Critiquer la Consommation, c'est seulement établir un rapport entre ce qui est détruit et ce qui et produit. Les humains sont des expatriés d'une époque qu'ils regrettent, où tout était abondant. Une petite maison de pauvre (dans la prairie) c'était mille mètres carrés de terres cultivables avec une ferme munie des bâtiments pour les bêtes. Aujourd'hui c'est un truc de millionnaires.

Quand on utilise des ustensiles de cuisine, on aime qu'ils soient propres, et donc, après usage, on les remet dans l'état où on veut les trouver. Si on veut que son « chez soi » devienne agréable, par petites touches, il suffit de chaque jour apporter sa pierre à l'édifice (en plus de la maintenance quotidienne). Mais ça, c'est déjà trop demandé à une population dont le rêve est d'imiter une bourgeoisie qui frime de n'avoir à se soucier de rien, habituée à être suivie de près par des domestiques qui nettoient toutes leurs crasses. C'est pour se complaire dans cette inconséquence que la petite maison dans la prairie a été abandonnée et remplacée par un parking sombre sur lequel vous pourrez faire votre marché de contrebande.

4.6 - L'inutile de la consommation

Critiquer la consommation c'est aussi dénoncer la sur-consommation, d'objets inutiles, jetables, et polluants. Il s'agit de ne pas se contenter de ce qui est visible sur le « territoire » de notre conscience, mais aussi d'aller voir en amont et en aval quelles sont les conséquences du « possédé ».

Vu d'en haut, tout ce qui est fabriqué, fini « jeté », et vu d'en bas, tout ce qui est jeté est considéré comme une « production ». Mais à quoi sert-elle ?

Chez l'humain le cycle alimentaire n'a pas l'inconvénient de stériliser la terre, mais plutôt de la fertiliser (si vous voyez ce que je veux dire). Mais l'humanité dans son ensemble considérée comme un boyau allant du la production vers le déchet, ne se permet pas à lui-même de perdurer. La destruction est définitive, et il périra de faim.

Et encore mieux, dans ce qui est mangé, peu d'énergie suffit pour courir, parler, vivre, et regarder les étoiles. (Moi je ne mange qu'une fois par jour.) Mais ce rapport énergétique est très loin d'être égalé si on mesure les efforts fournis pour produire tous ces biens et ce à quoi ils servent.

On n'aurait pas ces problèmes édifiants si au lieu d'être des consommateurs, on étais des utilisateurs, de biens qui circulent en vase clos autarcique. En effet, la planète est déjà « autarcique », flottante dans l'espace, et les humains doivent aussi, en son sein, conformer une autarcie. De cette manière le cadre qu'elle se donne n'est pas le néant.

Le fait que le système social soit dépendant des ressources suffit à prouver son inanité, lui qui prétend être à la recherche de l'équité comptable. (Et il faudra se débarrasser de cette équité comptable pour pouvoir pratiquer une équité fonctionnelle.) Cette institution de la surconsommation est radicalement contradictoire avec l'idéal qui consiste à tendre vers un système dont l'impact écologique serait au moins nul, si ce n'est même positif. S'il faut le réformer pour obtenir cela, ce n'est qu'un très faible coût à payer par rapport aux bénéfices attendus.

4.7 - L'inutile de l'humain

Parlons-en, d'un consommable, l'humain qui se demande déjà pourquoi le monde existe, ne trouve comme réponse que de servir les intérêts d'autres humains qui leur sont supérieurs. Les hiérarchies détruisent les liens de politesse, qui sont pourtant un fondement essentiel de ce qui lie entre eux des inconnus au sein d'une civilisation, c'est à dire la majorité des liens qui la font exister. Et dans un monde où l'économie physique représente une infime minorité des activités monétaires, le système-pensant n'a que faire des humains en surplus. Alors on consomme de l'humain ce qu'on peut en retirer, et quand il est lessivé, épuisé, déprimé, ou suicidé il suffit de le remplacer. Ai-je déjà mentionné l'enfant-esclave trouvé dans la poubelle d'un fournisseur de vêtements occidentaux bien connue ? On a prit sa substance, et on a jeté l'emballage.

4.8 - Le paradigme de la non-consommation

La réponse à la mentalité du consommateur insouciant, est une spiritualité de la création, de l'interdépendance, d'une recherche de perfectionnement de soi-même. On n'a pas besoin du matériel pour être en accord avec soi-même.

La question de fond est « Pourquoi sommes-nous sur Terre ? ». Pour « réussir » ? Réussir à quoi ? A réussir dans l'absolu sans que ça ne veille rien dire ? Pourquoi ne pas, plutôt, profiter temps que dure cette vie à s'instruire, à comprendre notre monde, notre nature, ses lois, à expérimenter le changement, à évoluer, et envisager des formes de pensée qui dépassent allègrement tout ce que notre petite science est capable de certifier ?

Comment vivre sans connaître l'harmonie, la paix, la maîtrise, sans exceller dans son domaine, et sans mourir dignement, aimés et entourés ? Bon, il est certain que quand on devient conscient qu'il y a une vie après la mort, ça constitue un repère psychologique qui empêche de ne trouver aucun « mal » à faire le mal. Les gens se disaient « après moi, le déluge », et c'est ce qui se passe effectivement. Or, après moi : la Vie !

L'humilité et la sagesse sont le nom donné à ce qu'il advient d'un courant qui nous traverse, quand il entre et quand il sort. Notre carburant c'est l'apprentissage, s'enrichir des autres, ce que permet l'humilité, et notre devoir est celui de réitérer ce dont nous avons profité.

Ce que la nature nous enseigne, c'est que « la consommation » n'est qu'une facette d'une réalité qu'est la contribution, la co-création, l'harmonie. C'est ainsi qu'on obtient la capacité à penser de façon globale, par démultiplication de ce qu'on est en train de faire et de dire. « Et si tout le monde faisait, ou parlait comme moi, son absurdité ou sa vertu ne seraient-elles pas rendus plus évidentes ? ».

C'est ainsi qu'on en vient à traiter la nature avec le maximum de respect et de délicatesse possible, sachant que cela sera toujours insuffisant, puisque avant tout, je suis cette nature.

Je ne consomme pas, je co-créé. Je suis ce que je crée.

4.9 - Un mot sur la décroissance

S'opposer à un principe c'est d'office en faire une statue éternelle, et même la consolider. C'est idiot de rester au même niveau et de ne pas se sentir la capacité de surpasser l'imbécilité qui le soutient. Même les adeptes du dieu Croissance ne sont pas aussi sûrs d'eux. C'est bien de ne plus acheter de vêtements et de limiter au maximum sa consommation, mais en même temps c'est aussi ce à quoi nous condamne finalement le capitalisme mourant. Comme je disais un peu avant, toutes les velléités de sortir du système finissent immanquablement par se faire absorber par lui, et en l'occurrence, la décroissance lui rend service. De toutes façons les humains ne lui sont plus indispensables.

Non, ce qu'il faut c'est voir grand, et beau ! Penser grandiose et magistral ! Se projeter dans un monde où au contraire, tout le monde profite de ce qui apparaît comme de la richesse ou de la chance aujourd'hui. Et dans ce monde à croissance nulle, les gens seraient heureux et paisibles, conscients et responsables. Autant voir grand !

4.10 - Le rapport de l'homme à la nature

Dans son acharnement à ne juger utile que ce qui rapporte (de l'argent), l'homme a consolidé sa croyance en sa posture isolée du monde, comme « observateur », et propriétaire 5.

L'[immanence] dit que nous sommes ce dans quoi nous baignons, que notre relation au monde part de ce qu'il y a à l'intérieur de nous. Usuellement on parle de « la Création » (de l'univers), on estime que Dieu a créé le cosmos et son infinité d'univers, les hommes, leurs âmes respectives, mais leur paradis ce sont les hommes qui le créent. La Création, si tout le monde s'arrête et se met devant la télévision, il n'y en a plus ! Elle n'est que le résultat de l'action, libre et consciente, de tous les hommes (de l'univers). C'est extrêmement long mais rassurez-vous que vos âmes auront le temps de contempler cette œuvre fantastique.

Si on examine la pensée de l'enfant qui se rue vers une zone de jeu, c'est un peu l'esprit du capitalisme. Mais si on veut être logique, à un moment il faut avoir fabriqué cette zone de jeu, cet espace de paix, et finalement cette chance. La joie n'est-elle pas plus grande quand on n'est pas simplement un consommateur de richesses posées là par hasard ? Quand on en est l'instigateur, et le responsable ? Pour la nature, être responsable est synonyme de « se mettre au service », par amour. (Tout ce livre est fait dans cet esprit.)

4.11 - Les lois de la nature

Lorsque l'homme agit sur la nature il agit directement sur lui-même, en raison de la fonction hautement récursive de la Conscience. Ce qui différencie l'homme de l'animal est de pouvoir projeter sa conscience dans les souvenirs de ses crimes. (Sinon les animaux pleureraient en mangeant leur homard, comme Homer Simpson.)

Les lois de la nature sont avant tout les lois de par lesquelles nous les étudions. Elle s'étudie elle-même, en fin de compte. Elle a tous moyens pour cela. C'est comme penser au neurone actuellement en train de penser au neurone qui est actuellement...

Notre rapport à la nature ne peut se réduire à l'usage qu'on en fait, mais doit s'étendre à l'usage qu'elle fait elle-même, d'elle-même. Dans ce cadre l'homme représente un coût et un risque qui en vaut la peine. Si ça ne marche pas, la nature recommencera.

Ce qu'il y a de formidable avec les lois de la nature c'est qu'elles se découvrent, et restent immuables. En face de cela les lois des humains devraient avoir le réalisme d'être acceptées pour leur caractère éphémère, évolutif, relevant davantage du consentement rationalisé que du sacré. Cela ôterait une couche de dictature à notre monde.

Mais elles sont difficiles à saisir et à formaliser, et encore plus à intégrer dans un schéma global. Malgré cela leur découverte est la plus grande richesse qu'on puisse attendre de l'univers. 6

Inéluctablement, les effets de la découverte des lois de la nature consiste à remettre en cause notre structure de la connaissance, et à nous réévaluer. En somme, les lois de la nature sont une substance dont l'humain s'imprègne pour devenir encore plus humain.

4.12 - L'usage du fruit

La nature propose des fruits et des légumes, une alimentation abondante, sans l'intervention de l'homme. Lui, peut y puiser ses trouvailles et aller les faire pousser ailleurs, mais jamais il ne devrait avoir l'idée de confisquer toute cette abondance juste pour faire pousser cette seule trouvaille.

La question qui se pose est de savoir si la nature fait pousser cette alimentation « pour » les hommes ? Les animaux en profitent, certains ne sont pas comestibles, et la plupart de ces fruits finit par pourrir. C'est alors que, après avoir considéré ces fruits comme des dus, rasé ces forêts et détruit la biodiversité, on peut s'apercevoir que leur fonction était peut-être de purifier l'eau, dans le monde, à grande échelle.

Tout est utile et on ne peut pas juger de ce qui l'est à un degrés ou à un autre, ou à plusieurs simultanément. On ne peut que suivre le sens donné par la nature, qui va vers l'explosion combinatoire, et l'accompagner, l'aider, y contribuer. Et ce sens nous dit clairement comment tout se combine et contribue à la richesse et à la fécondité, autant qu'on en laisse la liberté.

C'est sûrement de là que vient le terme « usufruit », et c'est lui qui va nous porter vers un monde meilleur. « J'utilise ce fruit que tu nous donnes, et je t'en rendrai cent. »

4.13 - La gestion d'une forêt

C'est toujours bien d'avoir un exemple à l'esprit, pour pouvoir jouer avec, comme celui de la forêt. Une forêt, produit du bois. On a besoin de ce bois, pour la construction, l'industrie et le chauffage (écologique si on laisse pousser de nouveaux arbres). Si on la rase entièrement il est évident qu'on se confisque le bois qu'elle aurait produit dans le futur. Si on n'y touche pas, ce sera le même résultat, on n'aura rien.

La forêt a besoin de jardinage afin de ne pas s'étouffer dans l'obscurité, travail dont sont responsables principalement les animaux, mais aussi les gestionnaires des domaines nationaux. Ceux-là apprennent (ce que des animaux savent déjà) comment et dans quel ordre faire pousser les arbres afin de conserver une plus grande variété de bois (parce que les chênes sont capricieux).

En fait la gestion des forêts illustre très bien le contre exemple d'un comportement lié à la société de consommation, qui considère l'existant comme son dû, de façon irresponsable, et en dispose de manière arbitraire et contre-productive. Les industriels consomment ce crime autant que le leur permettent la corruption des gouvernements.

On a en France des forêts qui font partie du « domaine national » pour la simple raison qu'une bonne gestion se planifie un siècle à l'avance, et les graines semées pour le siècle futur. Cela dépasse la vie d'un simple propriétaire, c'est pourquoi ils doivent nécessairement appartenir à la propriété publique. C'est un modèle dont devrait s'inspirer le Brésil, qui brûle l'Amazonie d'une façon complètement démente 7.

Ensuite, il faut voir grand et loin, dans le futur la gestion des forêts sera confiée à des robots, et au moment où on leur inculquera leur programmation, obligés de se soumettre à la loi mathématique 8, il est clair que le comportement de ces robots sera beaucoup plus proche d'une gestion responsable que des carnages affolants et désolants que subissent, aujourd'hui encore, les forêts d'Amazonie, pour le compte d'une société de consommation effrénée. En réalité on devrait rendre obligatoire la gestion des forêts par un logiciel légal, car ainsi les procédures et les effets seraient suivis.

4.14 - Locataires du monde

Toujours aussi respectueux d'un principe holistique, il doit y avoir une cohérence entre le système social et la compréhension philosophique du monde dans lequel on vit.

Le principe de propriété privé, qui veut certifier qu'on puisse garder ce dont on a besoin pour vivre, le temps d'une vie, est fallacieux, puisque notre vie est insignifiante à l'échelle des génération, d'une civilisation, et de l'écosystème.

Les richesses d'aujourd'hui, ainsi que les dommages occasionnés à la nature, le sont au détriment des générations futures, et cela de la manière la plus lâche possible puisqu'ils ne peuvent pas se défendre. C'est de la lâcheté.

Ou alors, s'ils veulent survivre, ils n'ont qu'à trouver les solutions pour changer de système. Eh bien, c'est donc qu'il est plus que temps de le faire !

Les décisions prises dans ce sens n'ont aucun intérêt à résider entre les mains d'un système prodigieux bâti sur le principe immuable du commerce et de la propriété privée. Il semble que celui de la location et de l'usufruit sont plus appropriés.

Ce que nous voulons léguer consciemment aux générations futures est avant tout un état d'esprit. Outre le choc d'avoir eu des aïeuls aussi barbares et irresponsables, l'évident constat est que tout est éphémère, que nous ne faisons que passer, et que tel c'est d'usage dans les lieux publics, on est priés de laisser l'endroit dans le même état que celui dans lequel il était en arrivant.

La nature n'utilise la nature que de façon harmonique, en l'enrichissant. Il y a là quelque chose de l'ordre de la liaison covalente électronique, quand un même électron est mit à profit dans la comptabilité de deux couronnes électroniques qui appartiennent à des atomes distincts. Je ne sais pas comment il fait cela, en tous cas l'idée est puissante, ce n'est pas un « échange » (où donner à l'un confisque à l'autre), mais une mise à contribution.

Comprendre les lois de la nature est long, mais quand on les découvre, cela nous confère les moyens de distinguer clairement les concepts et principes fallacieux sur lesquels se bâtit notre système de relation des humains entre eux.

Nous ne devons utiliser la nature que dans la mesure de sa générosité, qui ne peut être renflouée que par notre générosité envers elle. Nous devons apprendre à être comme elle.

4.15 - La responsabilité sociale

Il y a un lien de cause à effet entre le fait que les ressources naturelles relèvent de la Propriété Publique, et qu'elles soient utilisées de la façon la plus responsable possible.

On ne peut pas demander à tout le monde d'être responsable de tout le monde, mais chacun peut y penser un peu en se demandant, par réplication, si ce qu'ils font est « autorisé », au sens éthique. Si on demande au système d'être efficace, puissant, contrôlable, cela veut dire qu'on attend de lui qu'il s'inspire, mais à grande échelle, des pratiques individuelles qui consistent à ne pas s'encombrer de l'inutile, ne pas gaspiller, ne pas demeurer dans le futile, avancer, croire en l'avenir, et le faire advenir.

Cet dans cet esprit, à cause de la volonté et du besoin de pouvoir exercer sa responsabilité sociale, que les ressources doivent appartenir collectivement au public, et être administrées d'une façon bien plus que démocratique, simplement rationnelle. De cela dépend le bien-être de tous, assurés que leur travail même à la plus petite échelle est toujours orienté vers le bien collectif.

4.16 - Synthèse

Le terme de consommation ayant été consommé jusqu'à ne plus signifier que la bêtise qui consiste à ignorer le courant ascendant qui la permet, on préférera l'ignorer à présent et lui préférer le terme de satisfaction des besoins. Celui-là n'implique pas de système commercial basé sur la propriété privée, et récuse la sur-consommation comme étant une faute.

1 Lire aussi : [L'empire de la consommation]

2 Sur laquelle se fonde l'indice du bonheur :  indicedebonheur.com

3 Dans la future [Constitution de Vénézuéla] seront inscrits les principes de « propriété nationale » et « propriété internationale ». Nous étudierons les implications de cela.

4 Ou même considérés comme des Biens, lire : [Occupation et génocide en guise de « découverte »]

5 Lire : [Espèces en danger]

6 Lire : « [Pour une sociologie des émergences] »

7 Brésil : le gouvernement conservateur ouvre la voie à la destruction de l'Amazonie :  1nfo.net

8 On peut puiser la quantité d'arbres en bonne santé qui correspond au nombre d'arbres qui sont nés depuis le dernier prélèvement, moins ceux qui sont morts. Les grands arbres à naître doivent bénéficier d'un aménagement leur permettant de recevoir le soleil. (etc etc...)

Davy Hoyau, auteur du livre " La Société-Réseau"

 medium.com

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