Les Usa perdent leurs alliés un à un - dernier en date, le Pakistan

13-01-2018 entelekheia.fr 7 min #136921

Par Darius Shahtahmasebi
Paru sur Antimedia.org sous le titre Pakistan Says the US Is No Longer Its Ally and It's a Much Bigger Deal Than You Think

La décision de Donald Trump de fêter le nouvel en diabolisant simultanément l'Iran et le Pakistan sur Twitter s'est déjà retournée contre les USA. A la suite de menaces de coupes des aides américaines au Pakistan, les USA ont confirmé qu'ils suspendraient 255 millions de dollars d'aides (qui sont aujourd'hui devenus 900 mllions de dollars), et menacent en ce moment de suspendre 2 milliards de plus.

« Nous espérons que le Pakistan verra cela comme une motivation, et non une punition », a dit un officiel du Département d'État à des journalistes.

Selon le Wall Street Journal, cette récente animosité envers le Pakistan n'a pas été prise avec le sourire. Le ministre des Affaires étrangères pakistanais Khawaja Muhammad Asif a dit dans une interview que les USA ne s'étaient pas comportés comme des alliés et qu'en conséquence, le Pakistan ne les considère plus comme tels.

Pour tout résultat, le comportement récent de Washington n'a fait que pousser le Pakistan dans les bras des ennemis traditionnels des USA, la Chine et l'Iran. La Chine lui fournit depuis longtemps une assistance économique et financière, avec des prévisions de développement d'un partenariat économique pour les années à venir.

La Chine s'est déjà engagée à investir 57 milliards de dollars en infrastructures pakistanaises dans le cadre de l'Initiative Belt and Road. Le mois dernier, le Pakistan a annoncé qu'il examinait une proposition de remplacement du dollar par le yuan chinois pour le commerce bilatéral entre le Pakistan et la Chine.

A la suite des récentes attaques de l'administration Trump contre le Pakistan, le pays a confirmé que son abandon prévu du dollar n'était pas une menace en l'air en le remplaçant immédiatement par la monnaie chinoise.

« Les investissements chinois au Pakistan pourront atteindre plus de 46 milliards de dollars [en yuans, NdT] avec la création du CPEC (Corridor économique Chine-Pakistan) qui reliera le port de la mer d'Arabie de Gwadar, au Balouchistan, avec Kashgar, dans l'ouest de la Chine », a dit à Newsweek Harrison Akins, un chercheur du Howard Baker Center spécialiste du Pakistan et de la Chine.

Au milieu de l'année dernière, il a été rapporté que la Chine envisageait d'établir des bases navales au Pakistan. Ces rapports ont refait surface la semaine dernière, mais le Pakistan a réfuté avec véhémence toute prévision de telles bases (même si des officiels des forces armées chinoises avaient eux-mêmes exposé les prévisions d'une construction de base navale sur le port de Gwadar, dans la province pakistanaise du Balouchistan).

Que les rapports soient vrais ou non, ce qui devient évident est que le Pakistan va chercher à coopérer avec la Chine, que ce soit économiquement ou militairement, après avoir abandonné sa dépendance à Washington.

« L'histoire des relations du Pakistan avec la Chine et les USA démontre aussi que le Pakistan n'est pas accessible à l'autoritarisme, mais à la loyauté et à un traitement respectueux », a dit Madiha Afzal de Brookings à CNBC.

De plus, selon le Times of Islamabad, les ministres de la défense iranien et pakistanais ont tenu des pourparlers sur le rôle de Washington dans la région et ont défini une stratégie de coopération en matière de défense entre Téhéran et Islamabad. Avant même que la décision de Trump de tenter unilatéralement d'isoler les deux pays n'intervienne, le développement de la relation était déjà bien engagé - et c'est probablement la raison pour laquelle l'administration Trump s'en est pris au deux pays.

Et ce n'est que le début de la fin du rôle des USA en tant que super-puissance incontestée. Asia Times rapporte que l'Iran, la Chine et le Pakistan sont prêts à lancer un « lien trilatéral » qui apporterait un développement économique à 3 milliards de personnes. Le plus grand obstacle à la mise en oeuvre de ce lien tiendrait à la montée économique de l'Inde, et non des USA, qui semblent seulement capables de railler, de menacer et de harceler une liste grandissante de pays rebelles.

Sans hésitation, la Turquie, un autre pays qui renforce ses liens avec la Russie, la Chine et l'Iran, est également venue à la rescousse de l'Iran et du Pakistan. La Turquie est un pays-membre de l'OTAN.

« Nous ne pouvons pas accepter que certains pays - principalement les USA et Israël - s'ingèrent dans les affaires intérieures de l'Iran et du Pakistan », a déclaré le président turc Recep Tayyip Erdogan à des journalistes avant de s'embarquer pour la France.

La Turquie et l'Iran sont également intervenus à grand fracas en faveur du Qatar l'année dernière, compliquant encore plus la restructuration des alliances traditionnelles menées par Washington.

A ce stade, la Turquie et l'Iran pourraient finir par rejoindre l'alliance militaire Chine-Russie connue sous le nom de bloc de Shanghai [L'Iran a le statut de pays observateur de l'OCS et pourrait l'intégrer sous peu, NdT]

L'Iran a récemment renforcé ses liens militaires avec la Chine. Étant donnés les intérêts économiques et militaires de la Chine au Pakistan, cette alliance s'étend de jour en jour au détriment de Washington.

Rien d'étonnant à ce que l'UE soient en passe de bâtir sa propre armée, étant donnée la baisse progressive du nombre de pays qui font suffisamment confiance au soi-disant leadership mondial des États-Unis sous Donald Trump pour se sentir en sécurité sous leur protection militaire. Et, étant données les graves implications du déplacement du Pakistan dans la sphère d'influence chinoise, il est étrange que cette actualité ne fasse pas les gros titres des médias grand public.

Traduction Entelekheia

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