L'exode de Raqqa : « accord secret » de la coalition des Usa pour permettre aux terroristes de Daech de s'échapper

02/12/2017 11 min mondialisation.ca #135679

Le secrétaire à la défense James « Mad Dog » Mattis a confirmé en mai la volonté de Washington d'annihiler les terroristes du groupe armé « État islamique » (Daech) :

« Notre intention est que les combattants étrangers ne survivent pas à la bataille pour ensuite retourner chez eux en Afrique du Nord, en Europe, en Amérique, en Asie et en Afrique. Nous allons leur en empêcher... (soulignement ajouté, citation tirée d'un article de la BBC intitulé « Raqqa's Dirty Secret »)

Ce qui précède, c'était la « trame narrative politique » du Pentagone. La vérité cachée, c'est que l'oncle Sam s'est porté au secours du groupe armé État islamique. Cette décision a de toute évidence été prise et suivie sous les ordres du Pentagone plutôt que du département d'État des USA.

Comme le confirme un article de la BBC intitulé « Raqqa's Dirty Secret », la coalition dirigée par les USA a facilité l'exode de terroristes de Daech et les membres de leurs familles à l'extérieur de leur château fort de Raqqa, au nord de la Syrie.

Capture d'écran de l'article de la BBC

Bien que l'article de la BBC s'attarde sur les détails de l'opération de passage clandestin, il révèle tout de même l'existence d'un « accord secret » entre les USA et son allié indéfectible britannique pour permettre aux terroristes de s'échapper de Raqqa.

Capture d'écran de l'article de la BBC

« Un accord permettant aux combattants de Daech de s'échapper de Raqqa, la capitale de facto de leur califat autoproclamé, a été préparé par des représentants locaux. Il a été conclu après quatre mois de combats qui ont laissé la ville complètement détruite et pratiquement vidée de sa population. Il permettait de sauver des vies et de mettre fin aux combats. Il permettait aussi de sauver la vie des Arabes, des Kurdes et des autres combattants engagés dans la lutte contre Daech.

Mais il a aussi permis à des centaines de combattants de Daech de s'échapper de la ville. À ce moment-là, ni la coalition dirigée par les Étasuniens et les Britanniques, ni les Forces démocratiques syriennes (FDS), que la coalition soutient, ne voulaient admettre y avoir pris part.

Est-ce que ce pacte, ce vilain petit secret de Raqqa, a libéré une menace pour le monde extérieur, qui permettra aux militants d'étendre leurs tentacules à la grandeur de la Syrie et bien au-delà?

On s'est évertué à cacher ce secret au reste du monde, mais la BBC a pu parler avec des dizaines de personnes qui ont fait partie des convois ou qui l'ont observé, ainsi qu'aux négociateurs de l'accord. (...)

Ce n'était pas une évacuation. C'était carrément l'exode du soi-disant « État islamique ».

(Quentin Sommerville et Riam Dalati, Raqqa's Dirty Secret, BBC, novembre 2017, soulignement ajouté)

Les avions de la coalition dirigée par les USA ont surveillé l'évacuation des terroristes de Daech, mais visiblement, les convois d'autobus et de camions n'ont pas subi de bombardements de la coalition.

« La coalition confirme maintenant qu'elle n'avait pas de personnel sur le terrain, mais qu'elle a surveillé les convois du haut des airs [mais sans bombarder les convois] (...)

À la lumière de l'enquête de la BBC, la coalition reconnaît maintenant le rôle qu'elle a joué dans la conclusion de l'accord (...) » (ibid)

Si l'armée de l'air étasunienne avait voulu s'en prendre aux convois d'autobus et de camions de Daech, l'opération aurait été toute simple. La coalition aurait pu aussi bloquer les convois (pour réduire au minimum les pertes de vie) et incarcérer les combattants étrangers.

Les responsables étasuniens ont affirmé nonchalamment qu'en n'ayant pas pris part aux négociations, ils étaient dans l'impossibilité d'empêcher l'exode des terroristes :

« Nous voulions que personne ne parte, a affirmé le colonel Ryan Dillon, porte-parole de la coalition occidentale contre Daech, dans le cadre de l'Opération « détermination absolue.

« La décision revient aux Syriens. Ce sont eux qui combattent et meurent, ce sont donc à eux de prendre les décisions concernant les opérations. »

Bien qu'un officier occidental était présent lors des négociations, la coalition n'a pas pris une "part active" aux discussions, a soutenu le colonel Dillon (...) (ibid)

Ce qui est révélateur, c'est que la majorité des combattants de Daech provenaient d'un grand nombre de pays étrangers, ce qui donne à penser à l'existence d'un programme de formation et de recrutement minutieusement organisé :

« (...) Il y avait un nombre énorme d'étrangers. France, Turquie, Azerbaïdjan, Pakistan, Yémen, Arabie saoudite, Chine, Tunisie, Égypte (...) »

« La plupart étaient étrangers, mais il y avait des Syriens aussi. » (...)

Il demande 600 $ (460 £) par personne et un minimum de 1 500 $ par famille.

Dans ce genre de commerce, les clients n'aiment pas beaucoup les questions. Mais Imad dit qu'il y avait « des Français, des Européens, des Tchétchènes, des Ouzbeks ».

« Certains parlaient en français, d'autres en anglais, d'autres encore dans des langues étrangères » (...) (ibid)

Capture d'écran de l'article de la BBC

L'article de la BBC laisse entendre l'existence d'un plan méticuleusement préparé pour assurer l'évacuation en toute sécurité des terroristes. L'explication officielle était que l'accord a été conclu par les Forces démocratiques syriennes (FDS). La coalition dirigée par les USA a « laissé faire », sans intervenir militairement pour empêcher l'exode et le passage clandestin de combattants étrangers hors de Raqqa.

Il n'y a pas de quoi surprendre. Depuis ses tout débuts en 2014, Daech a reçu l'appui de la coalition dirigée par les USA, avec la participation active de l'Arabie saoudite. Les USA et leurs alliés sont des États qui parrainent le groupe armé « État islamique » (Daech).

Armes, formation, logistique : Daech est une excroissance des services secrets des USA. Les terroristes de Daech sont les fantassins des USA et de l'OTAN.

Le bombardement de l'Irak et de la Syrie dirigé par les USA, sous le prétexte fallacieux de la « guerre contre le terrorisme », n'était pas dirigé contre Daech. Les terroristes étaient protégés par la coalition dirigée par les USA. L'objectif tacite était de tuer des civils et de détruire l'infrastructure civile de la Syrie et de l'Irak.

Du déjà vu :

Exode des combattants de Daech de Raqqa, en Syrie (2017) c. exode de « combattants ennemis » d'Al Qaeda de Kunduz, en Afghanistan (2001)

Y a-t-il une façon normalisée de procéder à l'évacuation des terroristes parrainés par les USA?

Revenons à une autre guerre menée par les USA, en Afghanistan en 2001, dont l'objectif était de protéger les « atouts de leurs services secrets.

L'exode de Raqqa ressemble étrangement à la sortie de Kunduz ordonnée par Donald Rumsfeld. Dans les deux cas, l'objectif du Pentagone et de la CIA était d'assurer la fuite (et la relocalisation) des combattants djihadistes étrangers parrainés par les USA.

À la fin de novembre 2001, selon Seymour M. Hersh, l'Alliance du Nord, soutenue par les bombardements des USA, ont pris le contrôle de la ville de Kunduz, dans les montagnes du nord de l'Afghanistan:

« [Au moins 8 000 hommes] étaient cernés à l'intérieur de la ville dans les derniers jours du siège, dont environ la moitié étaient des Pakistanais, le reste étant constitués d'Afghans, d'Ouzbèkes, de Tchétchènes et de mercenaires arables. » (Seymour M. Hersh, The Getaway, The New Yorker, 28 janvier 2002.

Parmi ces combattants se trouvaient plusieurs hauts gradés des forces militaires et des services du renseignement pakistanais, qui avaient été envoyés sur le théâtre de guerre par l'armée pakistanaise. La présence de ces conseillers dans les rangs des forces des Talibans et d'Al-Qaeda était connue et approuvée par Washington.

Le président Bush avait été sans équivoque : « Ils sont cuits. Ils se sauvent et nous allons les remettre à la justice. » (voir CNN, 26 novembre 2001). Ils n'étaient pas cuits du tout, car ils ont été évacués par avion en lieu sûr.

Sur l'ordre du secrétaire à la Défense Donald Rumsfeld, l'exode (l'évacuation) des combattants d'Al Qaeda a été rendu possible par les forces étasuniennes en liaison avec les militaires pakistanais :

« L'administration a ordonné au commandement central des USA d'établir un corridor aérien spécial pour assurer la sécurité des rescapés pakistanais de Kunduz jusqu'au nord-ouest du Pakistan. »

(...) Selon un ancien responsable de la défense haut-gradé, le pont aérien a été approuvé à la suite des doléances des Pakistanais, qui disaient qu'« il y a des agents du renseignement et des gars qui travaillent dans l'ombre qui doivent sortir. » (Seymour Hersh, op cit)

Autrement dit, le récit officiel était : ce n'est pas nous qui avons décidé, « nous avons été piégés » par les services secrets pakistanais (ISI).

Sur environ 8 000 hommes, 3 300 se sont livrés à l'Alliance du Nord, ce qui fait qu'entre 4 000 et 5 000 « manquaient à l'appel ». Selon l'enquête menée par Hersh, qui s'appuyait sur des sources des services du renseignement indien, au moins 4 000 hommes, dont deux généraux de l'armée pakistanaise, ont été évacués. (ibid)

C'est le même genre de déni qui prévalait. Les responsables étasuniens ont toutefois admis que :

« ce qui devait être une évacuation limitée a apparemment échappé à tout contrôle, ce qui a eu comme conséquence non intentionnelle qu'un nombre inconnu de combattants des Talibans et d'Al Qaeda ont réussi à se joindre à l'exode. » (citation dans Hersh op cit)

Une « évacuation non intentionnelle » de combattants d'Al Qaeda?

« Terroristes » et « atouts des services secrets »

Le récit de Seymour Hersh à propos de « l'exode » de Kunduz ayant permis l'évacuation parrainée par les USA de militants purs et durs des Talibans et d'Al Qaeda est comparable à « l'exode » des combattants de Daech hors de la ville assiégée de Raqqa, au nord de la Syrie.

Les combattants d'Al-Qaeda étrangers et pakistanais ont été évacués au nord du Pakistan, dans les secteurs qui ont ensuite été attaqués par des drones étasuniens. Bon nombre de ces combattants ont également été incorporés aux deux principaux groupes rebelles terroristes Lashkar-e-Taiba (« armée des purs ») et Jaish-e-Muhammad « armée de Mahomet »).

Quelle sera la prochaine destination des combattants de Daech qui ont été évacués de Raqqa, avec le soutien des militaires étasuniens?

Michel Chossudovsky

Pour lire tout le reportage de la BBC intitulé Raqqa's Dirty Secret,par Quentin Sommerville et Riam Dalati, cliquez ici.

Article original en anglais :

The Raqqa Exodus: The US Coalition's "Secret Deal" to Allow ISIS-Daesh Terrorists to Escape... Publié le 27 novembre 2017

Traduit par Daniel pour Mondialisation.ca

La source originale de cet article est Mondialisation.ca
Copyright © Prof Michel Chossudovsky, Mondialisation.ca, 2017

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