La couverture du harcèlement sexuel brouille les lignes entre inconduites mineures et véritables abus

13/11/2017 11 min entelekheia.fr #135040

Après des décennies de banalisation de comportements sexuels aberrants, voire passibles de prison (citons entre autres comme exemples les cas Polanski, Woody Allen, Michael Jackson ou encore Frédéric Mitterrand, etc), le retour de bâton massif actuel menace de criminaliser des hommes et des comportements normaux : un flirt, une drague lambda, une blague salace racontée à portée d'oreilles féminines ou d'hommes qui n'en apprécient pas la vulgarité, un regard trop appuyé ou autres manifestations d'une sexualité parfaitement normale deviennent « déviants ». Saurons-nous retrouver notre instinct humain, qui doit être le premier à nous dicter les limites de notre relation aux autres ? Saurons tous réapprendre à distinguer un malade sexuel d'un homme normal, même occasionnellement un peu « lourd » ? Cela semble bien être notre prochain défi sociétal.

Par Danielle Ryan
Paru sur RT sous le titre Coverage of sexual harassment claims carelessly blurs lines between minor misconduct and real abuse

C'est indéniablement une très bonne chose que des harceleurs comme Harvey Weinstein soient finalement en train de recevoir leur dû - mieux vaut tard que jamais. Mais dans le sillage de la chute de Weinstein, nous courons le risque de trop étendre la définition du harcèlement sexuel.

Il y a une grande différence entre le véritable harcèlement sexuel, les abus ou le viol - et les inconduites mineures, le flirt mal venu ou d'autres comportements inappropriés au travail (ou n'importe où ailleurs). Et pourtant, au cours de ces dernières semaines, les deux ont été dangereusement amalgamés.

Depuis le déluge des révélations sur Weinstein, nous avons vu d'autres scandales émerger selon lesquels un homme ou l'autre peut ou non avoir fait des avances inappropriées il y a des années. Le fait que ces accusations mineures fassent les gros titres ou soient dépeintes comme des inconduites sexuelles ou du harcèlement réel est pour le moins dérangeant. Sans même parler du fait que l'amalgame irresponsable des deux est une injustice et une insulte aux femmes et aux hommes qui ont subi un véritable harcèlement ou des viols de la part de vrais prédateurs.

Le tribunal des réseaux sociaux

Au cours des deux dernières semaines, j'ai vu de si nombreuses personnes poster des statuts #MeToo que ce qui avait démarré comme un rappel de la prévalence réellement trop importante des abus sexuels a perdu toute signification. Quand vous voyez quelqu'un poster un statut #MeToo aujourd'hui, est-ce que vous en concluez que la personne a été violée ou que quelqu'un lui a envoyé un jour un texto inapproprié ?

NdT : Au contraire, l'ex-enfant acteur Corey Feldman, lui-même victime et lanceur d'alerte depuis 2011 sur l'épidémie de pédocriminalité qui sévit à Hollywood, a salué l'initiative #MeToo, qui a donné une meilleure visibilité à sa lutte. La lettre ouverte de Corey Feldman ici. En anglais.§#e5e4e4
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Le Secrétaire de la Défense du Royaume-Uni Michael Fallon a démissionné la semaine dernière à la suite d'allégations de conduite sexuelle inappropriée. Ce qui a débuté avec une seule accusation selon laquelle Fallon avait touché le genou d'une journaliste s'est avéré un schéma récurrent de comportements inappropriés (il avait tenté d'embrasser une journaliste et avait fait des remarques sexuelles à une autre). La démission de Fallon est appropriée dans ce contexte, mais ce qui est fascinant, c'est qu'autant de personnes aient été prêtes à le condamner sur la seule première information selon laquelle il avait touché le genou d'une femme.

NdT : Peut être faudrait-il prendre en compte l'exaspération de la société contre des élites politiques et culturelles qui s'auto-affranchissent régulièrement des lois et de la décence commune, y compris de la façon la plus provocatrice, pour comprendre la curée immédiate dont Fallon a fait l'objet.§#e5e4e4
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Que Fallon se soit avéré réellement pervers n'est pas le sujet. Il a admis que son comportement était déplacé et a démissionné - mais d'autres ont nié les allégations portées à leur encontre. Malgré tout, nous sommes censés les condamner de toutes façons.

NdT : Une autre option consisterait à laisser la police mener ses enquêtes sans plus chercher à étouffer les dossiers sensibles, parce que l'impunité est ce qui alimente à bon droit la défiance de la population envers les prédateurs.§#e5e4e4
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Avons-nous décidé d'en finir avec la présomption d'innocence, ou du moins avec l'idée selon laquelle ces affaires doivent être traitées à travers des avocats et des tribunaux, et non Facebook et Twitter ? [NdT : Voir la note précédente]. Devons-nous ignorer la possibilité qu'une accusation, peut-être, soit fausse ?

Ce type de procès par les réseaux sociaux est dangereux. Un simple tweet suffit à accuser une personne de viol qui mérite de perdre son travail et de voir sa vie détruite - à partir de rien de plus que la parole d'une autre personne.

NdT : Personnellement, j'y vois un danger bien plus grave : un amalgame injuste de tous les hommes avec des violeurs, des pervers, des individus esclaves de leurs pulsions sexuelles, d'où une fracture possible des relations hommes-femmes autodestructrice pour toute la société. Il importe, par-dessus tout, de réaffirmer que les manifestations sexuelles de la psychopathie existent bel et bien et qu'il faut les dénoncer, mais que les psychopathes représentent 1 à 3% de la société, que la psychopathie est un trouble psychiatrique, et que la très vaste majorité des hommes n'en sont pas atteints et sont donc bien incapables de ces comportements.§#e5e4e4
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Une culture stérile

Il y a deux semaines, Adam Sandler s'est retrouvé sous un tir nourri de critiques quand il a touché deux fois le genou d'une actrice, Claire Foy, au cours d'une émission de télé. Quelques-uns des téléspectateurs étaient si outrés par le geste de Sandler que l'actrice a dû publier un communiqué pour expliquer qu'elle n'était ni en colère, ni offensée du geste de Sandler. Si ce type de comportement est classé harcèlement sexuel ou outrancièrement inapproprié, comme l'ont suggéré certains des téléspectateurs, nous semblons être sur le chemin d'un monde complètement stérile, robotique, clinique et puritain où personne ne peut dire ou faire quoi que ce soit sans encourir les foudres de la police des moeurs politiquement correctes.

Il y a également un élément insultant dans cette transformation de la femme en être d'une délicatesse et d'une faiblesse telles qu'elle ne serait plus capable d'entendre une blague un peu salace racontée en sa présence. Ou qui serait si vulnérable et incapable de se débrouiller qu'il ne faudrait plus la laisser seule. Un journaliste de Politico a récemment suggéré qu'une bonne façon de limiter le harcèlement sexuel serait de punir d'un licenciement immédiat les réunions à huis clos sur le lieu de travail.

Il est franchement complètement fou de penser que c'est la façon de prévenir le harcèlement sexuel. Cela revient à dire que les femmes [NdT : et les hommes, également souvent victimes d'abus même s'ils sont moins enclins à les dénoncer] sont trop vulnérables et faibles pour se défendre derrière une porte fermée - et que les hommes sont trop dégoûtants et pervers pour résister au désir de harceler sexuellement les autres dans un endroit fermé. Personnellement, je détesterais travailler dans un environnement où les gens pourraient être licenciés pour avoir fermé une porte, juste au cas où ce soit dans le but de harceler quelqu'un.

La chanteuse américaine Marian Call a twitté que toutes les femmes souhaitaient vivre dans un monde où les collègues et les étrangers ne « flirteraient jamais plus » avec elles. Comment fait-elle exactement pour savoir ce que toutes les femmes veulent ? Beaucoup de couples heureux se sont formés à la suite d'un flirt sur le lieu de travail ou d'une rencontre avec un étranger. Et l'on ne peut que se demander ce que pense Call des femmes qui font elles-mêmes des avances aux hommes - parce qu'aussi choquant que cela puisse paraître, cela se produit régulièrement.

Cette volonté obsessionnelle d'étiqueter « harcèlement sexuel » chaque regard un peu appuyé, chaque commentaire un peu audacieux a tellement échappé à tout contrôle qu'on trouve désormais des applications de consentement sexuel en ligne à télécharger sur Internet. Oui, vous êtes désormais censée cliquer sur un bouton « je consens » sur votre téléphone avant de coucher avec un homme. Comme c'est romantique !

Est-il impossible de bien faire ?

J'ai récemment été témoin d'une conversation intéressante sur un forum en ligne. Un homme avait demandé s'il était approprié de s'excuser auprès d'une femme en cas d'inconduite mineure (des avances non souhaitées, un flirt inapproprié, des blagues misogynes, etc) - ou s'il était plus correct de ne rien dire, de faire comme si de rien n'était, de passer à autre chose et de mieux se comporter à l'avenir. Il a été attaqué sous tous les angles par des femmes qui réagissaient comme s'il avait suggéré que les hommes envoient « oups, dsl » dans un texto à la femme qu'ils viennent de violer. Presque toutes les femmes lui ont dit que des excuses seraient inutiles et inappropriées, et il a reçu un tir de barrage de commentaires qui le traitaient d'idiot incapable de comprendre, et qu'il n'aurait même pas dû poser la question.

Et pourtant, la question partait d'une bonne intention et venait d'un homme apparemment prêt à réviser son comportement à la lumière des événements récents, et qui se demandait simplement si des excuses pour un comportement un peu déplacé seraient un bon premier pas. N'est-ce pas le coeur de la question ? N'est-il pas bon que des hommes en aussi grand nombre se posent sérieusement la question pour la première fois ? Je pensais que c'était ce que chacun souhaitait - mais ce n'est apparemment pas le cas.

Nous espérons bien sûr tous que les hommes et les femmes se comporteront de façon appropriée sur leur lieu de travail. Il est totalement inacceptable d'abuser ou de harceler les autres, ou de faire des avances ouvertes et inappropriées quand aucune indication qu'elles seront bien perçues n'existe. Aucun doute n'existe non plus sur le fait que, si le comportement d'une personne a mis quelqu'un d'autre mal à l'aise et qu'il ou elle en a été avisé, il ou elle doive cesser de se comporter de cette façon.

C'est également une très bonne chose que le scandale Weinstein ait permis à des femmes [NdT, et encore une fois, à des hommes, c.f. le cas Kevin Spacey et de multiples autres harceleurs d'hommes récemment dénoncés] de parler de cas réels d'abus et de harcèlement sexuel.

Mais, en même temps, nous devons faire un pas de côté et réfléchir au monde dans lequel nous souhaitons vivre. Voulons-nous d'un monde dans lequel un flirt inoffensif ou une blague sexuelle - ou des allégations d'inconduites banales postées sur les réseaux sociaux - puissent détruire des vies entières et susciter des comparaisons avec des prédateurs en série comme Harvey Weinstein ?

Il n'y a pas de manuel clair en la matière, mais nous devons nous efforcer de distinguer les vrais abus des inconduites légères entre adultes. Amalgamer les deux ne donnera rien de bon.

Danielle Ryan est une journaliste free-lance qui a longtemps vécu aux USA, et qui a une bonne connaissance de l'Allemagne, de la Russie et de la Hongrie. Elle a travaillé pour RT, The Nation, Rethinking Russia, The BRICS Post, New Eastern Outlook, Global Independent Analytics et de nombreuses autres publications.

Traduction et notes Corinne Autey-Roussel pour Entelekheia

entelekheia.fr

newsnet 17/11/13 11:24

c'est un bon thème pour visualiser le genre de dictature sociale imposée par une pensée unique, diffusée par des médias, qui abusent de leur pouvoir, pour assujettir les population, et stériliser leur révolte, afin qu'ils se soumettent, s'habituent et en viennent à promouvoir eux-mêmes la confiscation de leur liberté.
(C'est ça le viol)

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