La stratégie de la Bns pénalise toujours le pays et la population. Liliane Held-Khawam

13/11/2017 2 articles 5 min lilianeheldkhawam.com #135038

33,7 milliards de francs suisses. Voici le montant du bénéfice, réalisé par la BNS à fin septembre, dont se félicitent nos médias.

Le problème est qu'un chiffre sorti de son contexte ne sert à rien.

Si votre patron vous augmente de 100 et qu'en parallèle, votre loyer augmente de 200, à la fin de l'année vous êtes en déficit de 100 n'est-ce pas?

Dans un ménage, une entreprise ou un Etat, il convient de garder une vision globale.

Or, l'avenir de la BNS est en réalité toujours plus inquiétant. C'est une tendance de fond, lourde, et que rien ne semble infléchir. Pas même les 33,7 milliards.

Voici le tableau qui montre l'évolution de la structure du portefeuille de la BNS. Tout le monde constatera que pour la période 2010-2017:

Une dégradation de la qualité des débiteurs

De 82% de débiteurs AAA, ils ne représentent plus que 59%. Plus que cela, de 1%, les débiteurs qui sont mal classés sont passés à 5%. Cela nous fait la jolie somme de 38 milliards de placements risqués

Modification de la nature des placements obligataires

Le portefeuille d'obligations de « collectivités territoriales étrangères » ET les obligations d'entreprises ET les actifs basés sur des crédits hypothécaires a doublé!

Placements en actions explosent

La BNS continue à soutenir les marché des actions, faisant passer son portefeuille de 10 à 20%. Or, ce pourcentage se référait à un volume de devises de 217 milliards en 2010...

pour atteindre les 761 milliards en 2017!!!!

Le portefeuille actions est ainsi passé de 22 milliards en 2010 à 152 milliards en 2017.

La BNS via ses gestionnaires sous-traitants portent artificiellement et hors mission principalement les indices boursiers américains. On ne commentera pas ici la nature de ces investissements et l'éthique qui les accompagne...

L'impact de la chute du franc sur la Suisse.

Les divergences des intérêts de la BNS en tant que société anonyme et ceux de l'Etat public et du peuple suisse augmentent et ne cesseront d'augmenter au fil du temps. Deux exemples suffiront à illustrer très simplement ces propos.

  1. L'impact sur les dettes extérieures de la Suisse dont celles de la BNS va se faire sentir avec la baisse du franc. Le coût de la dette et la dette elle-même vont augmenter.

2. Le coût des importations va augmenter. Vous paierez plus cher vos achats en provenance de l'UE.

La Suisse importe en euros (124,54 milliards en 2016), plus qu'elle n'exporte dans cette monnaie (113 milliards en 2016). L'ensemble de la population sera pénalisé dans le cadre de sa consommation quotidienne. Une évidence sauf pour les gouvernants du pays. eda.admin.ch

Les dividendes versés sont insuffisants et anti-constitutionnels

C'est devenu une habitude de prendre chez le citoyen consommateur-contribuable-épargnant pour financer le marché financier globalisé. Pourtant enfreindre la Constitution de manière chronique est autrement plus grave.

Nous avions déjà attiré l'attention en 2014 sur le dysfonctionnement de l'attribution des dividendes aux véritables propriétaires d'une banque centrale, à savoir le public.

L'article 99 alinéa 4 de la Constitution suisse dit ceci:

4 Elle verse au moins deux tiers de son bénéfice net aux cantons.

Les arrangements avec le ministre des finances de ne verser que 1 à 2 milliards sont anticonstitutionnels aussi longtemps que le peuple ne les a pas approuvés. Le Conseil fédéral n'a pas le pouvoir légal de déroger à la Constitution. C'est encore comme ça. lilianeheldkhawam.com

Ces risques majeurs qui ne figurent pas au bilan et dont vous êtes les garants!

La structure du bilan est à hauts risques de par les risques cumulés:

  • de défauts des débiteurs
  • de change
  • d'éclatement de la bulle sur les actions
  • de la dégradation de la qualité des débiteurs
  • de la non maîtrise de la gestion des investissements
  • de la non maîtrise de la gestion des REPOS au passif

En conclusion, plus le franc suisse chutera et plus vous serez pénalisés directement (achats, dettes de votre commune/canton, perte de pouvoir d'achat, dilution de la valeur de votre épargne,...).

En revanche, plus le franc se fracassera et plus la BNS fera de gros bénéfices, alors même que la position extérieure de la Suisse se dégradera. Une situation incongrue mais qui semble plaire à certains.

Au fait, ces 33,7 milliards, qui incluent les gains sur l'or, doivent être mis en perspective d'un bilan de plus de 813 milliards. Cela remet l'église au milieu du village avec un rendement de 4%, ponction de notre épargne (surtout LPP) comprise par la grâce des taux d'intérêts négatifs.

Liliane Held-Khawam

lilianeheldkhawam.com

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13/11/2017 15 min #135039

La politique monétaire de la Bns rejaillit sur le système bancaire suisse. Le cas de la Bcv. Vincent Held

Disponible en librairie et sur Internet

Les « opérations de refinancement » de la BNS peuvent-elles exposer l'ensemble du système bancaire suisse aux aléas de la finance spéculative européenne ? Les too-big-to-fail sont-elles les seules concernées ? Eh bien non. Certaines déclarations du directeur de la Banque cantonale vaudoise (BCV*) nous ont incité à nous pencher sur les comptes de cet établissement de taille moyenne.