Crise migratoire italienne : le tableau d'ensemble

13/11/2017 9 min lesakerfrancophone.fr #135033

Par Gianandrea Galiani - Le 23 octobre 2017 - Source Gefira

Gefira a interrogé Gianandrea Gaiani dans une interview exclusive sur son point de vue sur les derniers développements concernant les arrivées de migrants depuis la Libye et la Tunisie et l'approche actuelle du gouvernement italien. S'exprimant sans le filtre du politiquement correct, Gaiani met en lumière le récent changement de politique du gouvernement italien sur le code de conduite des ONG ainsi que les réalisations et les soi-disant « partenaires » de l'Italie en Libye.

Gefira : - Qu'est-ce qui a provoqué le changement de cap, l'été dernier, du gouvernement italien sur son approche générale envers les ONG et sur les arrivées de migrants depuis la Libye ?

Gianandrea Gaiani : - La réponse est assez simple. Le désastre pour le PD (Partito Democratico), leader du gouvernement actuel, lors des élections administratives de juin, a sonné l'alarme, montrant clairement qu'en matière d'immigration, de nombreux électeurs de centre-gauche glissent clairement vers la droite. Un changement de cap rapide s'imposait, avec l'intention évidente de rassurer les Italiens désenchantés et inquiets par le gouvernement en charge de la situation.

- Les chiffres montrent que les arrivées ont diminué de manière significative mais c'est une baisse. Nous sommes encore très loin des chiffres d'avant 2011.

- C'est parce que le gouvernement, d'un autre côté, doit continuer à être complaisant envers l'industrie de l'immigration. C'est un réseau qui profite - et se nourrit - des nouveaux arrivants, et cette galaxie n'est pas heureuse si les arrivées s'arrêtent complètement. Et leurs votes sont également nécessaires pour le gouvernement actuel.

- Comment est composé ce réseau ?

- D'ONG, d'associations pro-migrantes, toutes les entreprises qui accueillent les migrants et enfin, mais certainement pas les moindres, l'omniprésente Caritas et les autres organisations de l'Église catholique. Nous parlons d'un énorme gâteau qui pèse des milliards d'euros, et tout le monde en veut un morceau.

- Quelle est la situation actuelle en Libye ?

- La ville côtière de Sabratha a été le théâtre d'une guerre entre différentes milices pendant environ deux semaines en septembre. Ceci a été à peine couvert par les médias traditionnels mais nous avons des rapports que les deux groupes qui contrôlent maintenant la ville ont reçu le « conseil » des unités de l'armée française. Les deux milices sont Ghorfat Amaliyet et la brigade du Wadi, et elles s'opposent aux groupes de miliciens qui agissaient du nom d'Al-Sarraj, qui avaient mis en place un partenariat de coopération avec l'Italie. L'Italie s'est engagée à fournir une aide financière aux villages et aux municipalités de la zone sous contrôle d'Al-Sarraj, mais pas d'aide militaire aux groupes armés de quelque type que ce soit.

Selon les témoignages, lors de la prise de contrôle totale de la ville, les milices ont découvert environ 7 000 migrants parqués dans divers bâtiments à travers la ville. On ne sait pas si les milices maintenant au pouvoir les laisseront quitter la Libye vers l'Italie ou les relogeront ailleurs. Le problème, à mon avis, c'est que les Français et les Britanniques sont au milieu d'opérations comme celles-ci.

- Qu'entendez-vous par là ?

- Ce que je veux dire, c'est que les Français et les Britanniques sont officiellement nos « partenaires », mais en réalité, ils agissent largement contre les intérêts de l'Italie en Libye. En fait, permettez-moi de dire franchement que la France et le Royaume-Uni sont actuellement nos pires ennemis en Libye.

- Pourquoi ?

- Ils continueront simplement à fonctionner, secrètement ou pas aussi secrètement, afin de s'assurer que l'Italie ne joue pas un rôle de premier plan en Libye. C'est aussi simple que ça. Après tout, le Royaume-Uni, la France et les États-Unis savaient très bien que le retrait de Kadhafi en 2011 portait un coup direct aux nombreux intérêts de l'Italie en Libye, compte tenu du renforcement dans ce pays des positions italiennes mené par le gouvernement italien sous Berlusconi.

- Pure coïncidence; ajoutons les récents articles malveillants du Monde et du Financial Times, montrant toute leur « préoccupation humanitaire » concernant les conditions des migrants en Libye, qui sont maintenant « tenus à distance » par des (soi-disant) milices payées par l'Italie...

- Soyons pragmatiques. Dans une situation comme celle de la Libye en ce moment, soit vous envoyez des troupes, ce que je trouve très improbable, soit vous négociez simplement avec ceux qui contrôlent, peu importe qui ils sont. Si ceux qui contrôlent ne sont pas exactement des paladins des droits de l'homme, qu'il en soit ainsi. C'est ce que tout pays souverain intéressé par ses frontières devrait faire. Dès que l'Italie tente de reprendre le contrôle de la situation, des critiques pleines de zèle - et d'hypocrisie - concernant les « conditions honteuses » des migrants en Libye apparaissent du jour au lendemain, prêtes à pointer du doigt l'Italie comme coupable.

- Pouvez-vous nous en dire plus sur le récent accord signé entre l'Italie et le Niger ?

- Le Niger - l'un des pays les plus pauvres au monde - a demandé à l'Italie une aide logistique pour mieux patrouiller ses frontières et réduire le flux des Subsahariens vers la Libye. C'est certainement un mouvement positif mais qui ne fera guère de différence substantielle dans l'ensemble.

- Pourquoi ?

- Parce que le seul moyen efficace de vraiment faire la différence pour réduire significativement les arrivées est de les ramener au point de départ. S'ils doivent payer encore plus d'argent pour retourner par la mer vers l'Italie, avec le risque d'être à nouveau expulsés, ils commenceront à penser : « Est-ce que ça en vaut la peine ? »

- Comment faire cela ?

- Étant donné que pratiquement 100% des personnes qui débarquent en Italie sont des étrangers illégaux car elles ne fuient PAS les guerres et les persécutions politiques, la convention de Genève stipule clairement qu'aucun pays n'a le devoir ni l'obligation d'accueillir et d'aider les immigrants qui paient des organisations criminelles pour traverser plusieurs frontières. Maintenant, c'est un devoir et une obligation de sauver les êtres humains dans une situation de détresse en mer. C'est la loi maritime, et la marine italienne est la seule capable d'accomplir cette tâche sans aucune aide « humanitaire » bidon de ces ONG qui ne sont là que pour remplir les objectifs de « quelqu'un d'autre », certainement pas au nom du peuple italien.

Mais, une fois secourues en mer, ces personnes doivent être ramenées à leur pays de départ. Maintenant, cela peut être mis en œuvre aussi facilement et aussi sûrement que possible. Si les conditions des « migrants » dans ce pays de départ ne sont pas optimales en terme de droits de l'homme ou pour leur confort, dans ce cas nous disposons d'un outil efficace pour freiner cette tendance. Ces gens vont commencer à rentrer chez eux, surtout que la plupart d'entre eux sont tout sauf pauvres - selon les normes africaines - et que personne ne menace leur vie à la maison.

- La dernière question - étant donné le débat en cours en Italie - porte sur la loi « Ius Soli », qui est la loi qui accorderait la citoyenneté immédiate à beaucoup de nouveaux immigrants.

- Ce sera le dernier coup porté à notre société telle que nous la connaissons aujourd'hui. Ceux qui sont en faveur de cette loi font très attention à ne pas mentionner la situation alarmante dans les pays occidentaux de l'UE. Ils ne disent pas au grand public que de la France à la Suède, pour ne pas mentionner d'autres pays, il y a des zones, appelées zones interdites, qui sont pratiquement interdites aux organismes locaux d'application de la loi, alors que les communautés musulmanes locales ont déclaré ces zones sous leur contrôle. Nous n'avons toujours pas cela en Italie. Tout le monde sait maintenant que la gauche en Italie fait pression pour cette loi parce qu'elle pense que, une fois naturalisé, un immigrant votera pour les partis qui lui ont accordé la citoyenneté. Mais avec ce genre d'espoirs, ils sont naïfs ou stupides ou les deux en même temps.

- Pourquoi dites-vous cela ?

- Parce que dès qu'ils seront citoyens ils formeront un parti islamique, avec toutes les conséquences qui en découlent. Maintenant, un ressortissant étranger soupçonné de liens ou de sympathies avec des groupes terroristes peut être expulsé d'Italie, même s'il est ici légalement. Quand ils deviendront citoyens italiens, où seront-ils expulsés ? Le cœur du problème réside dans le lavage de cerveau massif auquel nous avons été soumis en Europe occidentale au sujet des « sociétés multiculturelles ». Les musulmans ne sont pas les moins intéressés par le « multiculturalisme ». Ils veulent leur modèle, leurs valeurs, bref leur société pour s'imposer et l'imposer aux autres. Quand l'Italien moyen s'en rendra compte, il sera trop tard.

- Un message d'espoir à la fin de cette interview ?

- Je nourris des espoirs dans les pays d'Europe centrale comme la Hongrie, la Slovaquie, la Tchéquie et maintenant l'Autriche. Ils défendent leurs sociétés, leurs citoyens, leurs valeurs de ce lavage de cerveau induit qui nous a déjà submergés en Europe occidentale. En fait, ils sont actuellement la dernière défense de notre civilisation. J'espère simplement qu'ils - en fait tous les pays du groupe de Visegrad - résisteront à l'incroyable pression des forces extérieures.

Gianandrea Galiani interviewé par Daniel Moscardi

Gianandrea Gaiani est le directeur du très respecté magazine en ligne analisidifesa.it et un expert en matière d'immigration. Il collabore régulièrement avec de nombreux journaux italiens et apparaît fréquemment sur de nombreuses chaînes de télévision abordant les sujets de l'immigration et la sécurité. Il est également l'auteur (avec Giancarlo Blangiardo et Giuseppe Valditara) du livre récent (en italien) Immigrazione, tutto quello che dovremmo sapere (Immigration, Tout ce que vous devez savoir).

Traduit par Hervé, vérifié par Wayan, relu par Cat pour le Saker Francophone

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