11/11/2017 29 min arretsurinfo.ch #134987

Les échecs militaires d'Israël

Malgré son énorme supériorité l'armée israélienne n'a remporté aucune victoire au Moyen-Orient depuis 1967.

A l'heure où l'Etat d'Israël s'attache à ouvrir de nouveaux fronts au Moyen-Orien t Arrêt sur info poursuit la publication d'analyses, rédigées en 2006 durant l'agression contre le Liban, permettant de mieux comprendre ce qu'Israël trame actuellement. Ayant échoué jusqu'ici à casser l'axe Syrie-Iran-Hezbollah, Israël cherche à poursuivre son funeste projet par de nouvelles stratégies. [ASI]

Comment le Hezbollah a vaincu Israël
Le Hezbollah joue un rôle fondamental dans la résistance à la domination d'Israël
Un piège israélien pour le Liban

Les débats autour d'une guerre contre l'Iran

La rage de l'éléphant : Israël au Liban

Le Lobby et l'invasion du Liban par Israël : leur version des faits, et la nôtre...
Le pays suivant sur la liste ? L'Iran !

Le joug de Sion

Par Israel Shamir | 28 juillet 2006 | Arretsurinfo

Une petite troupe de combattants déterminés prend le dessus et repousse l'armée la plus puissante dans sa région : c'est classique, dans l'Histoire. Ecartez-vous et dégagez, les Thermopyles : Bint Jbeil fait son entrée ! L'Evêque d'Antioche Philippe a comparé le nivellement de cette petite ville libanaise à la destruction de Stalingrad. Mais ces deux villes ont aussi en commun le courage de leurs défenseurs respectifs. Cela n'est pas si fréquent : ce n'est pas toutes les générations qui méritent d'assister à un exemple aussi éclatant de courage : trois longues semaines durant, une poignée de combattants du Hezbollah - deux mille hommes, selon les estimations les plus optimistes - ont repoussé les assauts de troupes israéliennes paralysées dix fois, vingt fois plus nombreuses.

Voici quarante ans de cela, les Israéliens vainquirent trois armées en une semaine. Mais aujourd'hui, le talisman des envahisseurs s'est éventé - plus probablement, il est passé chez le vaincu. Dans le narratif quelque peu efféminé de la victime, qui prévaut de nos jours, la souffrance attire plus l'attention que la bravoure masculine. Ainsi, le massacre de Qana a éclipsé un événement plus important : la résistance inébranlable des combattants libanais. Mais le deuil d'Andromaque ne doit pas occulter le courage d'Hector : les hauts-faits du Hezbollah méritent d'être immortalisés par les aèdes.

Pourquoi, cette guerre ? Laissons les menus détails à un futur Plutarque ; il s'agit en fait d'une énième bataille pour la Palestine. Soutenus par l'Empire qu'ils tiennent à leur merci - les Etats-Unis - les juifs avaient toutes les armes, toutes les munitions, tout le soutien diplomatique, quand, enivrés par leur hybris, ils ont fait irruption dans une Gaza affamée et désarmée afin d'en massacrer les derniers résistants et d'y imposer le Joug de Sion. Leur invasion avait été préparée par un siège imposé depuis un an et par des bombardements incessants : leur outrecuidance les avaient donc persuadés qu'ils ne feraient de Gaza qu'une bouchée, quand ils l'auraient décidé. Et, de fait, tout le monde resta interdit : les Egyptiens vendirent la gloire de la Guerre de Ramadan pour une poignée de billets verts, les fils du Hedjaz et du Nedjd étaient tout à leur boulot à leur pompe à essence et les princes du Golfe s'occupaient exclusivement de leurs faucons. Les juifs se sentaient sûrs d'eux, quand ils se mirent en marche pour aller massacrer Gaza : qui allait déranger le lion de Judah rugissant pour défendre sa pitance ? Et voilà qu'une petite force, depuis le Mont Liban a dit : nous ! Ils ont attaqué les juifs tout-puissants ; ainsi le nain coupa-t-il le jarret de Nazgul prêt à tuer. L'armée israélienne a abandonné sa proie et, se retournant vers le Nord, elle a frappé les combattants du Hizbullah de toute sa puissance. Mais ceux-ci n'ont pas lâché.

C'était là quelque chose de tout à fait inattendu. Les Israéliens avaient coutume de tuer - ou de disperser - des Palestiniens piètrement armés et non entraînés. Là, les combattants de Sayyed Nasrallah s'incrustèrent dans les collines dénudées de Bint Jbeil, et ils livrèrent bataille. S'ils avaient été promptement éliminés, les généraux israéliens auraient emmené leurs troupes victorieuses jusqu'à Damas et à Téhéran avant de revenir dépouiller la Palestine de son joyau inestimable : le Haram Al Sharif, le Dôme du Rocher. Cette catastrophe peut encore se produire, mais le risque en a été amoindri par l'opiniâtreté du Hizbullah.

Plus important : le Hizbullah a refusé de cesser le feu tant qu'Israël occuperait le territoire libanais. Cette position courageuse a sapé toute la stratégie des sionistes. Ils envisageaient d'occuper le Sud du Liban et d'attendre qu'une force internationale (voire même l'OTAN !) vienne faire leur sale boulot à leur place. Il ne manque qu'une seule chose pour que la décision prise par le Hizbullah soit parfaite : le cessez-le-feu doit s'étendre en Palestine, tout aussi bien. Il est inconcevable que le Liban dépose les armes, tant que Gaza est assiégée et Naplouse dévorée.

Le Premier ministre israélien Ehud Olmert a déclaré : « Nous avons changé le Moyen-Orient ». Je ne sais pas si l'ensemble du Moyen-Orient a été changé, mais quant à nous, en Israël, nous constatons un grand changement. Jusqu'à présent, seuls, quelques hommes et femmes d'Israël demandaient à leur gouvernement de renoncer à leur agression contre Gaza et le Liban... Mais la pluie de roquettes Katyusha a fait changer d'avis à plus d'un. Entraînés, au début, par l'arrogance de leurs généraux, les Israéliens ont désormais découvert le prix exorbitant de la guerre. Leurs premières réclamations au sujet de l'échec de l'armée à « assurer » ont cédé la place à la critique de la politique gouvernementale. Ils ont commencé à comprendre que le temps ne joue pas en leur faveur.

A chaque instant, désormais, les régimes collabos de certains pays voisins risquent soit de tomber, soit de secouer le Joug de Sion. Leurs dirigeants avaient été amenés à croire en la supériorité juive, et c'est la raison pour laquelle ils ont jugé malin de condamner l' «imprudence du Hezbollah ». Mais aujourd'hui, leurs peuples constatent que même une petite armée de combattants déterminés peut battre l'ennemi ; ils ne trouvent aucune justification au comportement lâche de leurs dirigeants. Cela peut amener des révolutions. Souvenons-nous que le Roi Faruq avait été évincé par de jeunes officiers dignes de Falloujah, déçus par sa faiblesse lors de la guerre de 1948.

Neil MacFarquhar écrit, dans le New York Times du 28 juillet :

« Aux prémisses de la crise libanaise, les gouvernements arabes, Arabie saoudite en tête, ont collé une taloche au Hezbollah au motif qu'il provoquait inconsidérément une guerre, donnant ce que les USA et Israël ont pris pour un clin d'œil et un hochement de tête d'approbation signifiant qu'ils pouvaient poursuivre les opérations. Aujourd'hui, après des centaines de morts chez les Libanais et tandis que le Hezbollah tient toujours fermement face à l'armée israélienne qui fait sa fanfaronne depuis plus de deux semaines, la vague de l'opinion publique, d'une extrémité à l'autre du monde arabe, se soulève pour soutenir cette organisation, transformant le chef de la formation chiite, Sheikh Hassan Nasrallah, un héros populaire et imposant un changement dans les déclarations officielles [de ses gouvernants]. Ainsi, la famille royale saoudienne et le Roi Abdullah II de Jordanie, qui étaient initialement très préoccupés par l'ascension de la puissance de l'Iran chiite, principal soutien du Hezbollah, font tout ce qu'ils peuvent pour tenter de se distancer de Washington. »

Ce journaliste voit dans l'opinion populaire, la fameuse « rue arabe », le vecteur du changement. Mais celui-ci peut aussi venir d'en haut. Le cruel bombardement de Beyrouth et de l'ensemble du Liban était supposé effrayer les autres nations arabes et les amener à résipiscence. Bien au contraire, il a convaincu les Arabes riches et puissants que tant que ce seront les juifs qui donneront le la au Moyen-Orient, leurs richesses et leur pouvoir risquent de leur être confisqués à tout instant par le caprice d'un général juif. Beyrouth était pacifique, Beyrouth avait été d'accord pour chasser les Syriens, Beyrouth était le pays le plus pro-occidental, or cela n'a pas protégé cette ville contre les juifs ? Et ce, même pas par vengeance, puisqu'il n'y avait rien à venger ? Par simple brutalité arbitraire ? ! Les Arabes au pouvoir se demandent si l'Etat juif sera un jour capable d'être un voisin pacifique, ou bien s'il n'est pas (comme le dit le Président iranien Ahmadinejad) intrinsèquement belliqueux et s'il ne conviendrait pas plutôt de le traiter comme le Royaume des Croisés avait dû l'être.

De fait, ce Royaume de Jérusalem a duré plus que l'Etat juif aujourd'hui, et il aurait sans doute persisté durant des siècles, n'eussent été son agressivité innée et sa propension à servir de tête de pont aux invasions européennes. Le tournant, dans les fortunes des Croisés, se produisit voici environ huit cent cinquante ans, au cours de la Deuxième Croisade, qui ressemble de manière troublante à la Deuxième Guerre du Liban... A l'époque, les nations arabes étaient absolument persuadées de l'invincibilité des Croisés ; leur arrogance absolue conduisit lesdits Croisés à marcher sur Damas, leur voisine paisible, complaisante et hédoniste, capitale du moins belliqueux des pays arabes indépendants et terriblement divisés, une sorte de « Liban du douzième siècle ». Tout d'abord, les Croisés eurent affaire à la résistance du Hezbollah de l'époque, et ils perdirent beaucoup de soldats. Quand ils assiégèrent la ville, le gouverneur de Damas fut contraint d'appeler à la rescousse Noureddine - le Mahmoud Ahmadinejad d'alors - dont les renforts rappliquèrent. Les Francs durent lever leur siège et se retirer en toute hâte.

Les voisins arabes en tirèrent deux leçons : (1 ) la soumission et la complaisance ne sauraient leur assurer la paix, car l'Etat croisé est une épée de Damoclès éternellement suspendue au-dessus de leurs têtes et (2 ) les Croisés peuvent être vaincus. De la Deuxième Croisade émana Saladin, un neveu de Noureddine, qui unifia la Syrie et l'Egypte et finit par défaire les Croisés à la bataille des Fourches de Hittin. Aujourd'hui, ce sont exactement les deux mêmes leçons qui ont été apportés aux Arabes par les bons soins de « Tsahal ». Peut-être allons-nous faire la connaissance d'un nouveau Saladin ?

II

Mais les juifs (concernés) risquent d'être confrontés à un autre danger, né de leur confiance en eux. Ils s'appliquent à eux-mêmes la terrible prophétie des Révélations 19:15. « De sa bouche s'échappe un glaive acéré, avec lequel il massacrera les goyim, et il les mènera comme un troupeau avec une verge de fer ; et il écrase de ses pieds les raisins de la colère de Dieu ». Ils prennent ça tellement à la lettre qu'ils avaient appelé leur massacre de Qana (en 1996, avec cent vingt réfugiés équarris) « Les Raisins de la Colère ». On a connu plus motivant, en matière de perspectives, et les Arabes ne sont peut-être pas les seuls à regimber à l'idée de se voir mener à la baguette... de fer.

Les USA paient très cher les conneries de ces juifs. Un Américain pauvre peut très bien haïr l'idée qu'il n'a pas de sécu, mais que son gouvernement verse des subsides au riche Israël. L'Américain moyen qui fait le plein de sa bagnole peut ne pas apprécier de payer le soutien de son gouvernement à l'Etat juif, car, avant que les Neo-Cohns ne s'emparent du pouvoir au sein de l'Administration, le pétrole était incommensurablement meilleur marché. Un Américain riche et citoyen du monde peut très bien tirer ombrage qu'on lui tire une gueule de trois pieds de long où qu'il aille : de Paris à Istanbul - alors qu'il était bien accueilli, avant le Joug de Sion.

Un Américain sans façons peut très bien ne pas aimer de ne pas pouvoir injurier un flic juif sans découvrir un article à ce propos dans le New York Times le lendemain. Un Américain pieux peut être dérangé par le fait de ne pouvoir mentionner le Christ sans risquer d'être convoqué au tribunal. Un Américain - ou un Européen - honnête peut très bien en avoir ras-le-bol de leur hypocrisie. Non seulement ils poussent à la guerre, mais ils accusent d'autres qu'eux de le faire ! Non contents d'assassiner des enfants par dizaines, ils pérorent sur l'inestimable valeur de la vie humaine !

Un Américain féru de Bible peut très bien se souvenir de la prophétie d'Ezéchiel, 22, qui dit aux princes d'Israël, au nom du Seigneur : « Vous êtes coupables du sang que vous avez répandu ; tous, chacun de vous, n'avez-vous pas mobiliser toutes vos forces afin de verser le sang ? » Il s'agit du sang des Palestiniens et des Libanais innocents ; Ezéchiel a aussi prophétisé le Rassemblement Sioniste des juifs, et que cela entraînera un désastre majeur pour les sionistes : « La maison d'Israël m'est devenue odieuse ; aussi je vous rassemblerai au centre de Jérusalem et je soufflerai sur vous le feu de ma colère, et vous y fondrez, et vous saurez que moi, le Seigneur, j'ai déversé ma furie sur vous. Les Israélites ont perpétré l'oppression, ils ont commis le vol, ils ont porté tort au pauvre et au nécessiteux ; certes, ils ont opprimé les Gentils d'une manière abjecte, et par conséquent je les ai consumés dans les flammes de ma colère ; je les ai traités comme ils avaient traité autrui, dit le Seigneur Dieu ».

Un homme politique américain, peut-être même un Président, peut très bien, un jour, en avoir ras-le-bol de la fringale inextinguible de ces gens de réclamer la sympathie ou de protester en manifestant bruyamment leur indignation ; de la nécessité de toujours contrôler ses propos, de la censure idéologique et de la discipline de parti, de leurs manies de chantage, de leurs poches rembourrées et de leur mainmise sur les médias, de l'épée de Damoclès qu'ils agitent en permanence au-dessus de sa tête.

De plus, un Américain ou un Européen qui se revendique aujourd'hui comme « juif » devrait se demander s'il a bien grand-chose en commun avec ce peuple dont les poètes exhortent leurs soldats en ces termes délicats :

« Déferlez sur le Liban et sur Gaza, Labourez-les et ensemencez-les de sel, rasez-les au sol, ne laissez en vie aucun être humain / Faites de leur pays un désert, des décombres, une vallée de désolation, dépeuplée / Sauvez votre nation et lancez les bombes / Sur les villages et sur les villes, canardez leurs maisons en train de s'effondrer / Tuez-les, répandez leur sang / Faites de leur vie un Enfer sur terre ! »

Il peut y réfléchir à deux fois avant de décider s'il souhaite devenir une arme secrète d'Israël, pour reprendre les propos du Premier ministre Olmert, qui a déclaré :

« Les armes arabes, même quand elles nous frappent, ne sont rien en comparaison de l'arme secrète infiniment puissante que nous possédons : le peuple juif, répandu dans le monde entier, et ce sentiment particulier d'amour et d'engagement mutuel qui prévaut entre tous les juifs, quels qu'ils soient. »

Il peut tout simplement cesser de se considérer « juif » et se fondre dans la commune humanité, comme l'ont fait avant lui des millions de ses semblables.

Un de mes amis juifs a écrit : « J'ai demandé à plusieurs de mes amis, aux Américains, s'ils pensaient que le mantra sioniste conservait son pouvoir, et ils m'ont tous répondu par la négative. Le lobby n'a pas, je pense, un avenir très brillant devant lui - c'est la raison pour laquelle ses agents sont désormais confrontés à des poursuites judiciaires. Même si leur emprise sur le Congrès persiste encore quelque temps, leur domination sur l'opinion américaine ne peut désormais que diminuer. Je suis d'accord avec Lenny Brenner quand il affirme que les jeunes juifs sont en train de déserter masse le judaïsme et le sionisme. »

Les Israéliens - c'est-à-dire les habitants de la Palestine qui se considèrent juifs - doivent aussi désormais se demander s'ils veulent se battre et défendre le Joug idéologique de Sion, qui ne leur apporte que la haine à l'extérieur et la pauvreté à l'intérieur. Au lieu de vivre dans la prospérité économique et en harmonie avec nos voisins, le Joug de Sion ne fait que nous transformer en chair à canon nécessiteuse.

Et puis, en fin de compte, les Américains et les Européens peuvent tout simplement finir par en avoir ras-le-bol de ces gens qui ne cessent de faire la leçon aux autres et qui ne veulent jamais écouter l'avis d'autrui. Il n'est pas jusqu'aux Allemands qui ne puissent un jour envoyer valser d'un coup de pied leur interminable repentance. Alors, c'en sera fini du Joug de Sion, car ce Joug n'est qu'une croyance partagée en je ne sais quelle supériorité juive. Alors, les juifs parfaitement bénins devront apprendre à devenir des citoyens ordinaires de leurs pays respectifs, sans accès spécial aux Présidents, aux coffres des banques et aux écrans des postes de televisión.

Par Israel Shamir | 28 juil. 2006 | Arretsurinfo

English Original : The Yoke of Zion israelshamir.net
Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier

Entre la Victoire (des uns) et la défaite (des autres)

Par Israel Shamir | 13 août 2006

Nous entrons dans une période absolument cruciale. Nous sommes en effet à la croisée des destinées - nous allons connaître des temps où nos actions (ou nos inactions) seront susceptibles de déterminer notre futur et celui de nos enfants, pour des années. Des combats, sans doute les plus acharnés, se déroulent en ce moment même au Liban : une petite force de la Résistance - deux mille hommes au commencement de la guerre, et sans doute beaucoup moins aujourd'hui - se tient prête dans ses retranchements face à l'assaut d'une armée suréquipée forte de trente mille hommes, qui passe à l'offensive en dépit de la résolution de l'Onu imposant un cessez-le-feu. A elle seule, la survie des hommes de la Résistance signifiera leur victoire.

La résolution de l'Onu - écrite par les Etats-Unis, et approuvée par Israël - est profondément injuste : les troupes de l'Onu seront stationnées, non pas en Galilée, afin de protéger le Liban de la furie juive, mais au Sud Liban, afin de protéger le puissant voisin. C'est l'agressé, qui tente de se défendre, qui sera désarmé, et non pas l'agresseur. C'est injuste. Mais, injuste, ça ne l'était sans doute pas encore suffisamment, aux yeux des juifs : à peine cette résolution venait-elle d'être adoptée, que l'armée israélienne fonçait, afin de s'emparer d'autant de terrain possible avant l' heure officielle du cessez-le-feu. C'était là un tour pendable, violant totalement l'esprit de la résolution de l'Onu, mais qui en respectait scrupuleusement la lettre. A propos de ce genre de magouille, les juifs disent : « C'est casher, mais ça pue ! »

La décision prise par le gouvernement israélien a été authentiquement orwellienne, voire schizophrénique : accepter le cessez-le-feu TOUT EN poursuivant à fond la caisse la conquête du Sud Liban ? ! ? D'après les éclaircissements donnés par le commandant de l'armée israélienne pour la région Nord, Israël a l'intention d'encercler le Sud Liban et d'y continuer le combat y compris APRES le cessez-le-feu. Il a appelé ça : « la nécessité de nettoyer les terroristes ». Sayyed Nasrallah, le chef du Hezbollah, a juré de son côté de combattre l'envahisseur sur le terrain, tout en acceptant le cessez-le-feu.

Dès lors, il y a peu de chances que l'invasion israélienne du Liban et les combats qui en ont découlé prennent fin de sitôt. Aujourd'hui, Israël a bombardé la dernière route qui reliait encore le Liban à la Syrie sa voisine, et les civils libanais ont de ce fait perdu leur dernière chance de s'échapper. Cette mesure, associée à un largage massif de troupes parachutées au bord du Litani, vise à couper les voies d'approvisionnement nécessaires aux combattants libanais terrés sur le champ de bataille, tandis que les troupes israéliennes, elles, bien entendu, sont réapprovisionnées en permanence par Washington. La participation américaine à la guerre ne se limite pas au soutien diplomatique total et aux fournitures militaires apportés par Washington à Israël : allant jusqu'à mettre ses propres troupes en Irak en danger, le Pentagone a déplacé ses satellites espions géostationnaires de la verticale de Bagdad jusqu'au ciel du Liban, cette manœuvre ayant nécessité un transfert massif de soldats américains vers Bagdad.

De plus, d'importants juifs américains amis d'Israël, à Washington, ont appelé le gouvernement israélien à se battre pour vaincre, car un Israël non-victorieux, l'Empire n'en a nul besoin. L'éditorialiste du Washington Post Charles Krauthammer a ainsi écrit, cette semaine : «. La quête d'une victoire à bon marché par Olmert a mis en danger non seulement l'opération au Liban, mais tout autant la confiance placée en Israël par l'Amérique. » Max Boot, membre du Conseil des Relations Extérieures, a écrit, dans le Los Angeles Times : « La Syrie est faible, et elle est juste à côté. Pour sécuriser ses frontières, Israël doit frapper le régime [du Président Bashar] al-Assad. » Des américains juifs exigent la guerre, et la victoire d 'Israël : « La juiverie américaine [doit] se comporte[r] comme un Etat totalitaire communiste, dès lors qu'il s'agit de guerres juives », a pu écrire un éditorialiste de Tikkoun, une publication jadis réputée progressiste.

Les exhortations belliqueuses venues de la mouvance du Jinsa sont liées à la chute d'une première victime juive américaine du conflit. En effet, Joseph Lieberman, un belliciste démocrate éminent, vient de perdre les élections primaires, dans l'Etat du Connecticut. Les ondes sismiques émises par sa défaite ont menacé la base bipartisane du soutien à Israël au Congrès. Le Président Bush a exprimé sa sympathie à ce soi-disant « démocrate » totalement dévoué à Israël et à la guerre au Moyen-Orient. Les forces pro-guerre, aux Etats-Unis, flairant le danger, ont intensifié leurs efforts visant à étendre la guerre à l'ensemble du Moyen-Orient.

Ces forces ont de nombreux alliés en Israël, dont le leadership est en train de ressasser sa déculottée militaire dans ce qui était supposé devoir être une brillante campagne éclair, et cherche un bouc émissaire. Les généraux blâment le gouvernement, qui leur aurait dénié leur totale liberté de mouvement, et ils bougonnent, évoquant un coup d'Etat ; des ministres blâment l'armée ; des officiers du renseignement affirment - contre toute vraisemblance - qu'ils avaient prévu ce qui allait advenir. Le Premier ministre Olmert doit partir, a exigé Ari Shavit, un des principaux éditorialistes du quotidien Ha'aretz, devenu un néo-fasciste « né deux fois », et qui a accusé le libéralisme israélien de la responsabilité de la défaite ; tandis qu'un encart payé, à la une du Ha'aretz, ce quotidien réputé progressiste, exhorte « Ehud [Olmert] et Amir [Péretz] à vitrifier l' Iran ! »Cette requête risque malheureusement encore d'être satisfaite, même si le blitzkrieg n'a pas si bien marché que cela, au Liban. Les missiles du Hizbullah représentaient une contre-menace pour Israël : ils risquaient d' être activés en cas de déclenchement d'une attaque israélo-américaine contre l'Iran et la Syrie.

Désormais, la menace de ces missiles étant écartée - et après un repos et un réarmement réparateurs - les Israéliens risquent de continuer la mise en application de leurs plans visant à rayer Damas et Téhéran de la carte. Telle est, en tout état de cause, la seule raison vraisemblable de leur acceptation d'un cessez-le-feu.Le cessez-le-feu, c'est l'arme secrète d'Israël. Dès lors que « Tsahal » prend sa baffe, les juifs mettent en branle l'arme secrète et gagnent une mi-temps, et une opportunité de reprendre les combats, à leur convenance, après s'être réarmés et reposés. L'arme du cessez-le-feu avait été utilisée pour la première fois en 1948, les Nations Unies le déclarant à deux reprises, associé à un embargo sur les armes.

Les deux fois, l'Etat juif naissant a tiré un maximum de profit de ces deux cessez-le-feu : les livraisons d'armes aux Palestiniens étaient frappées d'embargo, tandis que les juifs recevaient des cargaisons d'armements sophistiqués du gouvernement (à déguisement stalinien, mais très largement juif) de Prague. Réarmés et rafraîchis, les juifs reprirent leur offensive, quand ils furent prêts pour cela, et ils écrasèrent la résistance palestinienne.

Le cessez-le-feu fut à nouveau déclenché en 1973 : il sauva alors l'Etat juif d'une défaite annoncée, en permettant à l'administration américaine, sous la houlette de Kissinger, de réarmer les Israéliens, tout en les autorisant à violer ledit cessez-le-feu dès lors qu'ils le jugeraient opportun. La stratégie du coup du lapin à base de cessez-le-feu a été intégrée dans les plans de guerre israéliens dès le début de la Guerre au Liban - Le Retour. Les juifs ont bombardé les civils, au Liban. Si le massacre de Cana est le plus notoire, il y a eu des dizaines de Canas, de la même manière qu'en 1948 le massacre de Deir Yassin n'a été que le plus célèbre de toute une série de massacres [perpétrés en Palestine]. La population civile israélienne a souffert, elle aussi, mais ce sont les Palestiniens de la Galilée [les « Arabes israéliens »] qui ont le plus souffert, parce que l'artillerie israélienne bombardait le Liban depuis leurs villages quasiment dépourvus d'abris, en espérant (et en causant immanquablement) des tirs en retour, à la grande joie des nationalistes juifs.

Quand la conscience mondiale exigea qu'il fût mis fin au massacre des innocents, Israël posa son ultimatum, par l'intermédiaire de sa superpuissance alliée, les Etats-Unis, disant, en substance : « Si vous voulez que les tueries s'arrêtent, alors, s'il vous plaît, faites notre [sale] boulot à notre place : désarmez la résistance, imposez l'embargo à ses fournitures d'armes, re-colonisez le Liban, afin que, quand nous serons en mesure de reprendre la guerre, le Liban nous tombe entre les mains, comme un fruit mûr. »

Seuls la ténacité et le courage des combattants du Hezbollah ont amené les Français à améliorer un tout petit peu le projet de résolution israélo-américain ; néanmoins celui-ci est à peu près aussi généreux que les conditions du prêt stipulées par Shylock [allusion au tristement célèbre personnage de Shakespeare, dans Le Marchand de Venise, ndt].

Le Conseil de Sécurité m'a fait penser à cet arbitre d'une nouvelle brève de Jack London - Le Mexicain :

Le personnage principal de cette nouvelle, un garçon mexicain souple et agile, Rivera, doit combattre un grand boxeur catégorie poids lourds, Danny, une sorte de Tyson de l'époque, afin de remporter un prix richement doté qui lui permettra d'acheter des fusils pour la Révolution. Au début, Rivera attaque : « On ne saurait qualifier cela de combat. Ce fut une boucherie, un massacre. Danny, à n'en pas douter, montrait ce dont il était capable - splendide démonstration. Le public était tellement sûr de son pronostic qu' il ne remarqua même pas que le jeune Mexicain tenait encore debout. Le public avait carrément oublié Rivera. Il faut dire qu'il ne le voyait que de temps à autre, tellement il était enveloppé par l'attaque anthropophage de Danny. C'est alors qu'il se produisit une chose stupéfiante : Rivera était debout. Mais seul ! Danny, le redoutable Danny, était sur le dos. L'arbitre faisait des va-et-vient entre eux deux, et Rivera put soupeser à quel point les secondes qu'il comptait étaient interminables. Tous les Gringos étaient contre lui, arbitre compris. A « neuf », l'arbitre repoussa Rivera d'un geste brusque. C'était injuste, mais cela permit à Danny de se relever. » Puis, à chaque occasion, « l'arbitre s'affaira, décollant Rivera de Danny afin que celui-ci puisse le rouer de coups de poing, donnant à Danny tous les avantages qu'un arbitre partial est en mesure d'accorder », poursuit Jacques London. Pourtant, en dépit de ces avantages, Tyson fut battu. La ténacité et la pugnacité du svelte Mexicain lui permirent de vaincre son adversaire avant que l'arbitre et les policiers n'aient pu lui voler la victoire.

Les Libanais et les Palestiniens peuvent encore remporter la victoire, malgré la puissance énorme d'Israël et de l'Amérique. Mais, dans la « real politique », il est inutile de pousser à la victoire : nous pouvons nous satisfaire d'un modus vivendi. De plus en plus d'Israéliens sont en train de dessaouler, y compris le mouvement La Paix maintenant !, qui a soutenu la guerre depuis le début. Le principal danger continue à provenir des sionistes extrémistes américains, qui sont prêts à se battre, depuis leurs chaises longues, jusqu'au dernier Israélien. Il faut absolument que leurs concitoyens leur jettent un seau d'eau froide, pour les ramener à la raison. En Israël, l'intoxication belliqueuse est certes en train de s'évaporer, mais pas encore suffisamment vite. Les destructions, au Liban, sont indescriptibles : des reporters israéliens les comparent au Berlin de 1945. Des dizaines de combattants israéliens et libanais, et beaucoup de civils israéliens et libanais sont en train de mourir, en ce moment même, à cause de la tentative désespérée de marquer d'ultimes points déployée par les dirigeants israéliens. Les Israéliens meurent en vain, envoyés à la mort par leurs dirigeants.

Il ne faut pas que le gouvernement israélien soit récompensé pour son inconduite. Les résolutions du Conseil de Sécurité sur le Liban appellent au désarmement des forces non autorisées par le gouvernement de Beyrouth. Aussi les dirigeants libanais devraient-ils intégrer le Hezbollah dans leur Etat et dans leur appareil militaire, ce qui couperait court immédiatement au complot sioniste. Les Libanais peuvent prendre de la graine du précédent de 1948, année où les organisations terroristes juives (Palmach, Haganah, Etzel, notamment) avaient été incorporées et intégrées à l'armée israélienne. Le Hezbollah a démontré sa puissance, sa capacité de combattre l'ennemi et de cacher son jeu, en serrant ses cartes sur sa poitrine. Il s' agit là de qualités non négligeables.

Cela, le Président maronite du Liban, Emile Lahoud, l'a bien compris, lui qui a répondu aux jérémiades sionistes habituelles d'un journaliste occidental d'une manière très favorable au Hezbollah : « Le Hezbollah, c'est cette force qui a été capable de libérer les territoires du Sud du Liban, en 2000. Notre armée est une armée nationale, or la résistance est une résistance nationale. Vous voudriez que l'armée de la Nation désarme la résistance nationale, laquelle est complémentaire de l'armée, même si elle opère à partir d'une autre salle de commandement des opérations ? Pas question ! »

Mais il est une autre grande victoire du Hezbollah, qui est d'avoir su cicatriser la querelle entre Sunnites et Chiites, cette querelle qui a été suscitée et entretenue par Al-Qa'ida. Ce groupe nébuleux, basé en Afghanistan, créé par les Etats-Unis afin de combattre les Soviétiques dans les années 1980, était restée dans la naphtaline, jusqu'en 2001, année où les décideurs de la politique américaine ne le ressuscitent au moyen des attentats du 11 septembre, même si encore aujourd'hui - bientôt cinq années après - son implication dans ces attentats n'a pas été démontrée. Quels que soient les auteurs des attentats contre les Tours Jumelles du World Trade Center et contre le Pentagone (et on ne sait pas qui ils sont), ils se sont attiré une vague de sympathie auprès des désenchantés du Nouvel Ordre Mondial, de Paris à Téhéran et de Moscou jusqu'en Oklahoma. Les Maîtres du Discours s'inquiétaient du fait que cette immense moisson ne risque de tomber aux mains d'un groupe capable et dangereux (pour eux) (non nécessairement musulman) et ils ont préféré l'offrir à leur création domestiquée : Al-Qa'ida. Depuis lors, Al-Qa'ida a montré qu'elle était un outil précieux pour les Américains : elle n'a pourtant rien fait de particulièrement digne d'être mentionné : elle a décapité des touristes, en filmant leur décapitation ; elle a fait de son pire afin de susciter une guerre de religions entre Sunnites et Chiites en Irak, faisant sauter des bombes dans des mosquées et tuant des pèlerins. Elle a su attirer des jeunes gens valeureux et audacieux, sur la base de ses états de service en septembre 2001 - mais elle les amenés à leur perdition.

L'ascension du Hezbollah est venue défier ces petits arrangements entre soi. Au lieu de se battre contre ses coreligionnaires musulmans, le Hezbollah se bat contre l'Empire judéo-américain. Diamétralement opposé à cette fausse qu 'est Al-Qa'ida, le Hezbollah est une résistance authentique, qui mène une vraie guerre : il ne s'arrête jamais de combattre pour poser devant les caméras de télévision. Les jeunes hommes inspirés, désireux de combattre pour une juste cause, se sont par conséquent tournés vers Nasrallah.

Les pantins sans âme d'Al-Qa'ida ont appelé leurs ouailles à combattre le Hezbollah, mais en vain. La querelle intestine entre Sunnites et Chiites s' estompe, et la majorité sunnite du monde arabe a préféré Sayyed Nasrallah, le Défenseur des Opprimés, à ces imposeurs de loi islamique (shari'a) que sont Ben Laden et Al-Zarqâwî.

Quant au Complot des Poudres d'Heathrow, il ne s'agit apparemment que d'une tentative désespérée déployée par les patrons d'Al-Qa'ida afin de redorer la gloire défraîchie de leurs créatures en tentant de démontrer qu'ils ne sont pas totalement éteints.

La bonne raclée administrée par le Hezbollah [à l'armada sioniste] aura de sérieuses conséquences bien au-delà du Liban : elle va réunifier l'Orient, contre l'Empire.

Par Israel Shamir | 13 août 2006

Original : israelshamir.net

Traduit de l'anglais par Marcel Charbonnier

Source: arretsurinfo.ch

arretsurinfo.ch

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