06/11/2017 8 min mondialisation.ca #134783

Venezuela : Maduro est-il devenu fou ?

Avec déjà 18 postes de gouverneurs et éventuellement des centaines de mairies aux élections de décembre, le chavisme termine 2017 par une énorme victoire. Ce n'est pas rien : il y a réussi en livrant la bataille la plus dure qu'il ait dû livrer dans toute son histoire.

Cette fois ce n'est pas contre la défunte MUD qu'ils ont conquis l'avant-garde mais contre ses maîtres.

L'ivresse et la joie qui suit toujours une victoire électorale du chavisme n'a pas duré longtemps. On noua châtié par la voie des prix pour avoir teint à nouveau la carte en rouge. Le seul parti politique opérationnel qui reste dans l'opposition, celui des commerçants et de Dólar Today, s'est activé rapidement pour imposer la terreur économique sur les étagères.

Une chose m'a toujours paru extraordinaire : nous avons tous des comptes, nous payons, nous vendons, nous demandons des prêts, nous faisons des calculs pour qu'on nous rende l'argent mais quand un économiste élégant nous parle de dette, nous n'en comprenons pas un traître mot.

Et c'est peut-être parce qu'avec tellement d'arguties techniques, on perd de vue la simplicité du problème ou au moins sa manifestation. Par exemple, pourquoi dans les pays du « premier monde » n'y a-t-il pas de contrebande et les prix n'augmente-t-il pas tous les jours ? C'est simple : ces pays et leurs transnationales exploitent les pays pauvres, l'abondance est telle que ces formes de débrouillardises ne sont pas nécessaires et ne concernent que les marginaux sud-américains ou africains. Le problème, là-bas, est même l'excès de produits qui ne sont pas consommés.

Pourquoi cela ne se passe-t-il non plus au Mexique, en Colombie ou au Pérou qui sont du côté du monde indigent ? C'est aussi simple : comme les Gouvernements de ces pays n'augmentent pas les salaires des pauvres pour qu'ils consomment comme la classe moyenne, les commerçants n'ont aucune raison d'augmenter les prix tous les jours pour capter plus de billets. Là-bas, les pauvres, sous le fouet des patrons, produisent jour et nuit, dans la discipline, n'importe quelle quantité de produits qui gonflent les magasins à bas prix. Quel sens a d'augmenter les prix à tout moment ? Aucun.

Alors, pourquoi au Venezuela? C'est un peu plus complexe : depuis toujours, les pauvres, les riches et la classe moyenne ont vécu de l'Etat. Si cet Etat est ventru grâce à son unique raison d'être (capter et distribuer les revenus de la rente pétrolière), la tranche augmente de taille parce que plus que jamais, on distribue de façon inégale comme dans tous les pays capitalistes du monde.

Et nous savons dans quelles bourses va la plus grande partie depuis l'arrivée de Colomb.

Et la colère noire de Chávez est aussi passée par là : il a récupéré le pétrole que les yankees exploitaient comme s'il était à eux depuis le début du XX° siècle pour le donner à la population, pas comme un mirage mais en lui donnant des possibilités de consommation inimaginables.

Si l'Etat n'est pas ventru, les choses changent de façon dramatique. Les revenus ne sont plus de simples restes à répartir mais deviennent la raison d'être de l'économie même. Le peu qui est produit à l'intérieur (depuis que les Yankees ont commencé à exploiter le pétrole) et le peu de dollars qu'il y a pour payer les importations (les patrons ne donnent pas leurs dollars) sont une occasion en or pour réduire les salaires.

La guerre des commerçants et des patrons contre les Gouvernements n'est pas nouvelle, ni au Venezuela ni dans le monde. Mais en ce qui concerne le Venezuela, il y a des cas particuliers dignes d'être rapportés.

Les producteurs de lait ont fait la guerre à A Carlos Andrés Pérez (second Gouvernement). Ils l'ont caché et ont fait de la contrebande avec pour que le politicien d'AD se torpille lui-même avec la politique des prix. Comment a-t-il résolu le problème ? Facile : comme l'Etat avait des dollars en réserve, il a autorisé n'importe quel patron qui le voulait à acheter des dollars pour importer du lait. En quelques mois, les étagères étaient pleines de lait d'origine colombienne, mexicaine ou suisse préparé, aromatisé à l'amande, en poudre, tout ce que vus souliez. Le lait importé était meilleur marché que le lait vénézuélien. Carlos Andrés Pérez II a gagné cette guerre à force d'importations.

Nous, ils veulent nous renverser, quoi que nous fassions en économie. Chávez, sachant que la réalité crue était toujours au-dessus de l'idéologie, a joué la même carte quand les commerçants et les patrons ont cherché à augmenter les prix pour saboter son mandat et s'enrichir. Je ne dis pas cela pour comparer Carlos Andrés Pérez avec Chávez mais pour montrer que l'Etat rentiste vénézuélien papa, en conflit permanent avec les commerçants épiciers pour une raison existentielle n'a en mains qu'une seule façon de régler le « problème » : étouffer l'économie avec des produits importés pour faire baisser les prix.

Rendons grâce à notre héritage néocolonial qui nous a obligé à renier les champs en faveur des centres commerciaux bien que nous n'ayons pu que regarder à travers les vitrines en ayant la nostalgie des vaches grasses.

Cependant, cela n'a pas empêché qu'ils destituent Carlos Andrés Pérez pour corruption avec un très fort taux d'impopularité. Les gouvernements antérieurs qui ont aussi affronté des crises économiques, les affaires Lusinchi ou Campins étaient des raisons de critiques et d'imitation dans les rues.

Au Venezuela, c'est presque un sort national de faire retomber la faute sur le président de service parce que le pays minier que nous sommes, nous rappelle sans arrêt notre place d'indigents dans le monde. Que nous verrons toujours la modernité, le développement et le progrès depuis les gradins du stade.

Maduro n'y échappe pas et même ainsi, continue d'être président, a 18 postes de gouverneurs et éventuellement presque la totalité des mairies du Venezuela. Il n'a pas besoin d'être le président le plus populaire de la planète à cause de sa gestion de l'économie (aucun homme politique ne peut prévoir cela en 2017) pour gagner des batailles politiques. La politique réelle ne se fait pas sur Twitter ou sur instagram.

Maduro a encore augmenté les salaires, il a annoncé des bons et une fourniture spéciale de caisses des CLAP. En apparence, c'est mauvais, ça provoque le désespoir parce que les prix vont à nouveau augmenter et cela oblige Maduro à écouter ceux qui connaissent l'économie pour régler le conflit dans le style de Carlos Andrés Pérez II : la plus haute expression de ce qui est une mesure intelligente dans le domaine économique appliquée au Venezuela.

Le pays, à cause du blocus financier des Etats-Unis, n'a plus assez de dollars pour transposer cette idée brillante dans 20 secteurs de l'économie.

Il pourrait appliquer les recettes du FMI comme l'ont fait l'Argentine, le Mexique, le Brésil et la Colombie, par exemple. Parce que ce qui est bon pour l'économie n'est pas toujours bon pour plus de la moitié de la population. Cela amènerait une augmentation des prix dans certains secteurs pour ensuite se stabiliser. Théoriquement, les indicateurs seront bons et tout à coup, toute la population aimera Maduro. Les Etats-Unis lèveront le blocus et Trump le recevra à la Maison Blanche pour lui dire qu'il le soutient pour son second mandat.

Nous, ils veulent nous faire tomber, quoi que nous fassions en économie, comme le dicte l'académie. N'ayons pus d'illusions.

Oui, les gens sont dérangés par les problèmes économiques, et comme tant d'autres, Maduro est remis en question. Mais les gens sont bêtes : ils savent que les commerçants profitent et que derrière la façade de « la crise » se cachent l'impudeur et le plaisir de s'enrichir.

L'obstination de Maduro à augmenter les salaires a réussi, politiquement, à faire des commerçants et des distributeurs des adversaires des gens. Cela le met dans une position de force qui cherche le soutien social dans chaque CLAP remis et dans chaque mesure appliquée pour résoudre les problèmes élémentaires. L'homme n'est pas si bête, comme ils disent par là. Il subordonne l'économie à la politique et non l'inverse.

Cette guerre des commerçants contre le Gouvernement se caractérise par l'usure. Pour voir qui se fatigue le premier. Les commerçants continueront de faire du foin. C'est un mensonge, que le Gouvernement peut tous les mettre en prison et mettre la viande à 5 000 bolivars et le fromage à 10 000. Mais cette bulle de spéculation n'est pas éternelle et plus elle se prolonge, plus on verra le visage de voleur du commerçant. Ils continuent à se rassembler avec plus de rage contre lui mais Maduro a un énorme espace politique pour leur tordre le bras. En fin de compte, il administre la rente pétrolière qui permet d'inventer des voies pour résoudre les problèmes. L'Etat papa vénézuélien gagne toujours bien que ce ne soit pas par KO. En fin de compte, à contrecoeur, ils acceptent tous l'argent.

Article original en espagnol :Se volvió loco Maduro con las últimas medidas económicas? Mision Verdad, le 2 novembre 2017

Traduction : Françoise Lopez pour Bolivar Infos

La source originale de cet article est Mision Verdad
Copyright © Misión Verdad, Mision Verdad, 2017

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