Le centenaire de la Révolution d'Octobre, débat à Beziers

09/10/2017 7 min histoireetsociete.wordpress.com #133824

Ce fut une très belle et amicale soirée que celle de vendredi 6 octobre 2017 à Béziers, une salle pleine et chaleureuse, avec un riche débat. Je n'ai qu'un problème par rapport au sympathique compte-rendu ci -dessous, c'est que je ne suis pas d'accord avec Gramsci (révolution contre le Capital) et j'ai tenté trop brièvement de l'expliquer, je reviens donc sur cette affirmation.

Non seulement Marx dans le Capital dit que le mir russe dans le cadre du mode de production despotique russe peut être à la base d'une Révolution, mais Lénine dans « impérialisme stade suprême du capitalisme », en s'appuyant sur l'analyse de la mondialisation capitaliste analysée par Marx, montre qu'en Russie il peut y avoir directement une révolution communiste. Si on lit d'ailleurs attentivement le livre III du Capital et l'analyse de la valeur et du profit, on voit bien à quel point celle-ci est conçue dans le cadre du profit qu'en escompte le capital et combien le pillage entamé en Russie a intégré la Russie (qui n'est pas tout à fait un mode de production féodal mais plutôt un mode de production asiatique où l'échange des productions se fait d'une autre manière que dans la féodalité, tout passe par l'autocrate). Il faut également voir comment toujours dans le livre III, Marx analyse la manière dont la rente foncière, antérieure au mode de production capitaliste, est transformée en profit par celui-ci pour percevoir la transmutation que sa mondialisation opère.

L'enfilade des modes de productions, esclavagiste, féodal et capitaliste est une réduction de la pensée marxiste et Lénine l'a très bien perçu. Enfin l'appui décisif sur Marx de la part de Lénine réside dans le développement du concept de dictature du prolétariat qui peut se passer de la domination bourgeoise.

Dire que l'appropriation de Marx par les pays de l'est incapables de faire une révolution marxiste est le contresens permanent affiché dans ses interviews par Raoul Peck, le cinéaste auteur du très intéressant « Jeune Marx ». Il lui manque effectivement peut-être le Marx de la maturité. A ce titre Raoul Peck n'est même pas trotskiste puisque Trotski partage le léninisme et l'idée que l'on peut faire le socialisme en Russie. C'est d'autant plus étonnant chez Raoul Peck qu'il termine avec beaucoup de lyrisme sur les Révolutions du tiers monde, qui elles sont encore plus que la Russie dans le Marx qu'il évoque. Sans le léninisme, et surtout sans l'appui fondamental de l'URSS, les révolutions du tiers monde de la Chine à Cuba n'auraient pas pu avoir lieu (et elles le reconnaissent).

L'anti-soviétisme est décidément une triste manie dans laquelle beaucoup de trotskistes ne cessent de se fourvoyer, tombant comme le note Marc Ferro dans la légende d'un Trotski angélique alors que ce qu'on peut appeler « la terreur » débute en 1918 et que Trotski y participe sans réserve. Le même Marc Ferro note que dans l'exercice de cette terreur la seule spécificité de Staline est de s'être attaqué aux bolcheviks eux-mêmes. Mais c'est une autre histoire... (note de Danielle Bleitrach)

Publié le 07/10/2017 à 10:03 par cessenon

C'était le sujet du repas à thème proposé ce vendredi 6 octobre par le cercle populaire Joseph Lazare qui reprenait ce jour-là ses activités dans ce domaine. Etait invitée Danielle Bleitrach, universitaire à la retraite, sociologue, historienne, écrivain qui avait déjà été accueilli au 2 de la rue Voltaire. Le public devait être composé d'un peu plus d'une quarantaine de personnes.

Danielle Bleitrach est co-auteur, avec Marianne Dunlop, d'un livre « 1917 - 2017 Staline, tyran sanguinaire ou héros national ? » qui doit sortir le 4 novembre prochain, soit pour le centenaire du déclenchement de la Révolution d'Octobre.

Celle-ci s'est inscrite dans un processus qui s'est étendu dans le temps. Le contexte économique et social de la Russie au début de la guerre de 14 - 18 a été précisé. Nicolas II est un autocrate parfaitement intégré au système de son époque. On prend la mesure de ce qu'était vie de la population quand on apprend que 80 % des conscrits n'avaient jamais mangé de viande, que 60 % avaient des traces de coups de fouet sur le dos. A front les troupes n'ont de munitions que pour trois mois. Un tiers des locomotives sont hors d'usage, par manque de pièces de rechange. Cela ne permet pas un approvisionnement des villes. Des récoltes périssent faute d'avoir pu être enlevées. La population connaît un état de misère, de famine doit-on même dire.

Partout se créent des comités, que l'on pourrait qualifier de survie, pour faire face à la pénurie généralisée cependant que le caractère impérialiste de la guerre est analysé par Lénine dans « L'impérialisme, stade suprême du capitalisme ».

Les événements vont débuter avec une manifestation d'ouvrières du textile qui se déroule lors de la journée internationale des femmes. La troupe tire et il y a 150 morts, et un grand nombre de blessés. Mais cela n'arrête pas ce qui s'est mis en route. Des soldats sympathisent avec ceux qui demandent du pain et la paix.

L'abdication de Nicolas II voit la constitution d'un gouvernement provisoire qui va continuer la guerre. Il y a deux volets dans le pouvoir qui s'exerce alors en Russie : celui de ce gouvernement qui sera dirigé par Kerenski et celui des soviets dans lesquels se sont investis les bolchevicks

La question est posée : faut-il permettre le développement de cette direction du pays par la bourgeoisie ou y a-t-il opportunité de se saisir des circonstances pour prendre le pouvoir. C'est cette deuxième alternative que choisit Lénine avec ses « Thèses d'avril » rédigées en 1916. Ce n'était pas la stratégie prévue par Marx, ce qui fera dire à Gramsci parlant de ce qui s'était passé en Russie et en jouant sur les mots « C'est une révolution contre le Capital »

Les désertions dans l'armée s'amplifient, les soldats rentrent chez eux, avec leurs armes et dans les campagnes s'opposent aux propriétaires terriens. Dans les usines les ouvriers vont fournir les cadres du parti bolchevick dont les effectifs sont au départ peu nombreux. Par ailleurs, dans cette période les dirigeants révolutionnaires, Lénine, Trotski, sont en exil voire au goulag en Sibérie comme Staline.

L'Union Soviétique qui vient de naître se heurte à l'hostilité des nations qui avaient mené la guerre contre l'Allemagne. 14 pays, dont la France, retournent leurs armes contre l'URSS. Il y aura ensuite la guerre civile qui verra des atrocités épouvantables.

Il reste que quand on fait le bilan, la Révolution d'Octobre a permis une avancée des forces progressistes dans le monde et ouvert des perspectives nouvelles pour des transformations sociales, c'est en particulier le cas en Chine et à Cuba. On peut débattre du rôle qu'a joué Staline, on ne peut le réduire à un seul aspect. L'Union Soviétique est regrettée par une frange importante de citoyens russes. Elle avait servi de point d'appui à plusieurs partis communistes, notamment en France. Ainsi que le déclare Danielle Bleitrach, avoir sur soi sa carte de sécurité sociale c'est un peu avoir celle du PC !

Le débat qui a suivi a permis de faire référence à la Révolution française dans ce qui s'est passé en Russie il y a cent ans. Il a aussi souligné des similitudes avec la situation que nous vivons actuellement, que ce soit en France ou dans le monde. Le rôle d'un parti révolutionnaire dans ce contexte a pu être mis en exergue, ce qui nous a renvoyé à l'examen des conditions de la préparation du 38 ème congrès du parti communiste français.

Comme toujours le repas proprement dit a suivi exposé et échanges. Au menu ? Poulet cocos ! Oui c'est de circonstance.

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