01/10/2017 tlaxcala-int.org  4 min #133589

L'Union Européenne contre la Catalogne : oui à la censure et à la répression

 Marco Santopadre

Le porte-parole de la Commission Européenne, Margaritis Schinas, a affirmé hier 27 septembre que la fermeture d'environ 200 sites ouèbe en Catalogne par le gouvernement de Madrid rentre dans le cadre de la "légalité". Le porte-parole de l'UE a justifié les mesures adoptées, étant donné qu'"elles ont été ordonnées par des magistrats dans un contexte spécifique" et a rappelé que la Commission n'a pas de compétences spécifiques sur la question, réaffirmant de fait, indirectement, qu'il considère tout ce qui se passe à Barcelone comme une question interne à l'État espagnol. Schinas a ainsi répondu aux questions de quelques journalistes qui lui demandaient si, à son avis, la censure, la fermeture de nombreux sites ouèbe et la persécution de nombreux moyens d'information ne constituaient pas, indépendamment du référendum, "une attaque contre la liberté d'expression", comparant la répression espagnole en Catalogne à celle effectuée par le gouvernement turc contre les journalistes et la liberté de la presse. Le porte-parole de la Commission Européenne n'a pas voulu répondre sur ce point.

Lundi déjà, le vice-président de ce même organisme de gouvernement de l'UE, également responsable du département "État de Droit", Frans Timmermans, avait rappelé à "tous les acteurs nationaux, régionaux et locaux [qu'ils devaient] agir dans le cadre des limites imposées par la Constitution". Timmermans a répété que la position de l'UE n'a pas changé et a tenu à souligner que Bruxelles respecte et défend l'ordre constitutionnel des États membres (même si, à l'occasion du référendum constitutionnel italien, il était intervenu lourdement pour faire prévaloir le OUI à la contre-réforme de Renzi...). Il importe peu aux dirigeants européens que la Constitution espagnole ait été en grande partie rédigée par le régime franquiste désireux de s'intégrer, sous diverses formes, à ce qui s'appelait alors la Communauté Economique Européenne et à l'OTAN. Peu importe aussi que la démocratie soit suspendue et confisquée. Un pays membre, et un pays de poids, comme l'Espagne, qui lance des milliers de policiers et de soldats contre le suffrage populaire ne donne pas une image bien édifiante de cette Union Européenne qui s'érige en défenseur de la démocratie et des droits de l'homme quand il s'agit d'intervenir dans quelque crise internationale et de défendre ses intérêts dans un coin du Moyen-Orient ou de l'Afrique du Nord. Ce deux poids deux mesures n'aura échappé à personne.

D'autre part, pour l'Union Eurpéenne et son establishment, l'indépendance de la Catalogne, avec l'effet domino qu'elle pourrait déclencher dans d'autres nations sans État, par exemple en France, constitue un sacré caillou dans la chaussure.

Les éléments composites et bigarrés du front catalaniste sont majoritairement européistes, mais la force des courants de la gauche radicale qui contestent l'austérité et l'autoritarisme de Bruxelles et qui, dans certains cas, militent ouvertement pour la sortie de l'Eurozone, est importante, et le conflit actuel pourrait leur donner plus de poids. Tous les sondages donnent le parti jusqu'ici majoritaire, le PDeCat de Carles Puigdemont et Artur Mas, qui représente les intérêts de la petite bourgeoisie et d'une partie de la moyenne bourgeoisie (la grande bourgeoisie catalane est opposée à l'indépendance), en forte baisse et, de toutes façons, l'effet déstabilisant des événements catalans sur les organismes et les équilibres de l'Union Européenne est une donnée objective et évidente. Ce n'est pas un hasard si l'administration US n'a pas condamné le référendum (affirmant qu'"elle travaillera avec l'entité ou le gouvernement qui en sortira"), et si les médias russes ne cessent, ces derniers jours, de montrer des images de la répression espagnole à Barcelone.

Entretemps, le Premier Ministre Mariano Rajoy a décidé de ne pas participer à la réunion informelle des chefs d'État et de gouvernement de l'UE prévue aujourd'hui et demain à Tallin, un pays dont l'indépendance, hors de ce qui était alors l'Union Soviétique, fut énergiquement défendue par les Européens à la fin des années 80 du siècle dernier. Rajoy n'ira pas en Estonie, afin de suivre de près la situation en Catalogne à l'approche du rendez-vous électoral de dimanche, que Madrid veut absolument interdire, au prix de l'usage de la violence. Le chef de gouvernement espagnol doit cependant affronter aussi les problèmes liés à l'approbation du budget de l'État, étant donné que, après la réaction violente de l'État espagnol contre la convocation du référendum catalan, le Parti Nationaliste Basque a décidé de suspendre les négociations avec l'exécutif central pour l'approbation de la Loi de Finances, obligeant ainsi Rajoy à en ajourner l'adoption.

 tlaxcala-int.org

 Commenter